Message sur le thème de la nuit des veilleurs de l’ACAT

Message sur le thème de la nuit des veilleurs de l’ACAT

Job 17, 1 à 16

Au charnier j’ai clamé : « tu es mon père ! » A la vermine : « o ma mère, ô ma soeur !  Où donc est passée mon espérance ?  Mon espérance qui l’entrevoit ? Au fin fond des enfers elle sombrera,  Quand ensemble nous nous prélasserons dans la poussière. 

« Où donc est passée mon espérance ? »

Cette interrogation de Job est un cri, un cri au coeur de ce livre où se tissent le malheur et la foi, où s’entremêlent la souffrance humaine et la présence de Dieu. 

« Où donc est passée mon espérance ? »

Nous recevons cette question du livre de Job avec l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture et contre la peine de mort, l’ACAT qui a fait du v. 15 de ce chapitre 17 – le cri de Job le coeur de la nuit des veilleurs du 26 au 27 juin. Cette nuit de veille et de prière a été organisée de manière oecuménique en France et un peu partout dans le monde pour témoigner en prière et en acte d’une espérance. 

Le principe de cette nuit des veilleurs c’est d’être rassemblés autour des victimes de la torture dans un même élan spirituel et de solidarité. La Nuit des Veilleurs est une invitation à s’éveiller ou se réveiller pour ne pas ignorer la souffrance de l’autre et pour manifester que nous sommes fraternellement auprès de celles et ceux qui souffrent. 

En reprenant cette année le texte de Job l’ACAT nous invitait à rejoindre la communion de toutes celles et ceux qui font vivre la flamme de l’espérance. 

« Où donc est passée mon espérance ? »

Le cri de Job est alors dit dans la confrontation à la plus réelle des morts : charnier et vermine sont convoqués comme des pères, des mères, des soeurs. Le désespoir est là dans des termes très crus : épouvante, chagrin, enfer, nuit, ténèbres : le champ lexical de l’anéantissement est impressionnant dans le vocabulaire de Job. Et c’est dans ce registre sombre qu’est posée cette question. 

Aussi ce matin je voudrais avec vous entendre cette question pour peut-être pouvoir y répondre ou à tout le moins entendre cette question sans forcément y répondre. Entendre cette question, c’est je crois entendre deux caractéristiques fortes de l’espérance pour Job : 

«  donc est passée mon espérance ? »

Cette question dit d’abord que l’espérance a un lieu : est mon espérance ? L’espérance a un lieu, elle repose en un endroit – l’espérance est quelque chose de localisé. Cette aspect géographique de l’espérance – qui du coup est une idée liée à un lieu – m’a fait pensé au très beau poème d’Andrée Chedid intitulé très sobrement l’espérance : 

J’ai ancré l’espérance

Aux racines de la vie

Face aux ténèbres

J’ai dressé des clartés

Planté des flambeaux

A la lisière des nuits

Des clartés qui persistent

Des flambeaux qui se glissent

Entre ombres et barbaries

Des clartés qui renaissent

Des flambeaux qui se dressent

Sans jamais dépérir

J’enracine l’espérance

Dans le terreau du cœur

J’adopte toute l’espérance

En son esprit frondeur.

Où est mon espérance ? Demande Job : l’espérance a un lieu. Pour la poétesse Andrée Chedid : l’espérance est enracinée, elle est plantée – le poème que j’ai lu donne l’impression de la plantation d’une haie de lumière pour faire front aux ténèbres, une haie faite de clarté et de flambeaux – comme d’autres sont faites de cyprès ou de thuya. Et cette haie trace une limite aux ombres et à la barbarie – lisière des nuits. 

L’espérance est un lieu frontière, un lieu de résistance de la vie – d’ou l’esprit frondeur : nous avons là quelque chose de localisé et d’enraciner pour faire front, pour s’opposer à une menace. 

« Où donc est passée mon espérance ? »

Cette question de Job dit d’abord un lieu de l’espérance – un où. Et ce qu’elle dit aussi, c’est que Job ne se pose pas la question de savoir « où donc est passée l’espérance ? » – c’est une des différence notable d’avec Andrée Chedid qui parle de l’espérance – en général. Job parle lui de son espérance : « Où donc est passée mon espérance ? » Le possessif est ici à souligner. 

Job ne fait ni poésie ni philosophie – il ne parle pas de l’espérance en général ou comme d’une idée abstraite – Job parle de son espérance. Cet homme qui a perdu son bétail, ses fils, puis sa santé avec une lèpre terrible, cet homme atteint dans sa famille, dans son corps, dans ses biens – cherche encore son espérance – la sienne. Alors qu’il n’a plus rien à lui, c’est le sens même de l’épreuve de l’Adversaire telle qu’elle est dite dans les premiers chapitres du livre – Job est dépossédé de tout ce qu’il est à lui. Bétail, enfants, santé : il n’a plus rien – il n’est presque plus rien. Et pourtant il cherche encore le lieu de son espérance. 

Ce possessif « mon espérance » dit je crois l’audace de Job face à ses amis qui le prennent en pitié et qui l’accablent de leur bienveillance un peu dégoulinante. Ses amis qui voudraient, sans doute avec beaucoup d’amour, qu’il voit le côté positif de ce qui lui arrive alors que Job lui veut faire front, il veut faire face. Il veut non pas nier le malheur mais l’affronter et se confronter à lui avec son espérance. Il le dira avec force dans quelques verset : « Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant »

L’audace de Job :

où donc est passée mon espérance ? 

Dans une de ses méditations le pasteur Charles Wagner écrivait :

«  L’homme de foi, lui aussi, voit le chaos, l’injustice de la vie, l’impassible brutalité des lois naturelles. Mais il ne se résigne pas à la sentence de la fatalité aveugle. Les vestiges de l’esprit qu’il sent en lui l’empêchent de s’abandonner et de se soumettre. S’il est plongé dans la nuit, assailli par la tourmente, la boussole l’empêche de se désorienter. Il n’admet pas que la cause soit jugée et reste sans appel. Sous le coup qui l’assomme et semble péremptoire, il dit je maintiendrai. Et le pasteur Wagner poursuit en disant : au fond, la foi c’est l’audace poussée à l’infini : « notre Foi, c’est la victoire qui a vaincu le monde » (L’homme est une espérance de Dieu, p. 53). 

La foi c’est l’audace poussée à l’infini, c’est la victoire qui a vaincu le monde, c’est l’espérance qui trace une limite aux ténèbres, au malheur, telle un rempart de lumière. Je maintiendrai, quoiqu’il arrive. 

A la suite de la nuit des veilleurs de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, ce texte vient bien entendu comme une très belle orientation. 

La Nuit des Veilleurs est une invitation oecuménique qui revient chaque année pour nous éveiller ou nous réveiller entre chrétiens.  Ne pas ignorer la souffrance de l’autre et lui montrer que nous sommes fraternellement auprès de lui ou auprès d’elle. La veille exprime alors la solidarité face au malheur. « où donc est passée mon espérance ? » Demandait Job, cette nuit des veilleurs est une démonstration, une manifestation d’espérance – à travers la diversité de nos églises – que nous donnons à voir les uns pour les autres – chacune, chacun, balbutiant son espérance avec le peu   d’audace qu’il peut avoir pour en témoigner. 

Mais je crois que ce texte vient aussi comme une lumière posée sur ce que nous venons tous de vivre. Ce temps de confinement qui nous a été imposé, cette mise sous silence de la Parole que toutes les églises ont bravement acceptée, la confrontation à l’instrumentalisation de la peur à laquelle nous avons été confronté dans un discours politico-médiatique. Discours rythmé quotidiennement par la liturgie du nombre de morts, de contaminés, d’hospitalisés en réanimation – macabre dénombrement résonnant comme une sentence sans aucune espérance. 

Il faut résister à ce discours là. Il faut faire rempart aux ténèbres. Peu importe le charnier ou la vermine pour reprendre les mots de Job.

La foi, audace poussée à l’infini, victoire qui a vaincu le monde, nous invite à ne pas laisser le dernier mot aux discours de peur et de fatalisme. Notre espérance trace encore une limite aux ténèbres, au malheur, telle un rempart de lumière. Nous maintiendrons, encore. Peu importe le nombre de morts, l’absence de vaccin, être vivant ce n’est pas être en bonne santé – Job sous la lèpre nous le rappelle. Etre vivant c’est être confiant dans les promesses de Dieu. 

« Ne crains rien, crois seulement »,

« ta foi t’a sauvé »,

« le juste vivra par la foi »  :

Toutes ces paroles ont-elles résonné pour rien dans la bouche du Christ ? Soyons clairs, je ne viens pas, par là, contester les gestes protecteurs qu’il faut tenir pour maintenir l’épidémie sous contrôle, mais quand même Frères et Soeurs – quand même : où est donc passée notre espérance ? 

La bonne nouvelle nous interpelle pour éviter de nous enfermer dans la psychose et sous l’angoisse, pour ne pas cesser de vivre : pour nous ouvrir encore aux frères et aux soeurs, pour nous ouvrir encore à demain, pour nous ouvrir encore à la vie. Ne pas avoir peur : L’avenir n’est pas sombre : il est entre les mains de Dieu ! Nous pouvons avoir l’audace de la confiance, risquer la foi, remettre nos vies sous les promesses de Dieu et, oui, oser aimer, encore. 

Au Christ crucifié seul soit la gloire. Il est vainqueur.  C’est vrai !

Benoit, prieur de la communion oecuménique de Caulmont – message donné le dimanche 28 juin 2020 au temple du Chambon sur Lignon

70 ans de Church and Peace

Berlin, 19.05.2019 – A l’occasion du 70e anniversaire du réseau œcuménique européen de Church and Peace, environ 150 personnes membres d’Églises de paix, d’organisations pour la paix, de communautés, d’ami-e-s et d’invité-e-s, venant de 10 confessions et traditions chrétiennes et de 14 pays, se sont réunies. Le 18 mai avait lieu une cérémonie à l’église ré- formée de Moabit à Berlin pour célébrer le passé, le présent et l’avenir sous la devise « ‘ Je vais vous donner un avenir et une espérance’ (Jérémie 29,11 – traduction TOB) – vivre 70 ans de non-violence – résister à la militarisation ».

Temps pour la création – prière du dimanche 1

Dieu, Père, 
Nous te reconnaissons comme créateur de toute vie. 
Tu es le souffle à la surface des eaux 
Tu nous donne l'allant, l’élan et l'espérance. 
A l'origine de notre monde, tu es le dynamisme d'amour avec lequel tout jaillit. 

Dieu, Père
A cette création, le Christ Jésus donne une ouverture d'éternité. 
Dans notre humanité, 
Il nous permet de discerner ta présence au cœur du monde. 
A l'origine de notre histoire, tu es la force de vie avec laquelle tout peut ressusciter. 

Dieu, Père, 
Dans cette création, l'Esprit nous permet de croire. 
Au-delà des possibles du monde, 
Tu nous veux ouverts à demain en confiance. 
A l'origine de notre foi, tu es la joie abondante avec laquelle le monde s'illumine. 
C'est vrai. 

Temps pour la création

A l’initiative du Conseil Œcuménique des Eglises, chaque année, à partir du 1er septembre – premier jour de l’année liturgique orthodoxe – au 4 octobre – fête de Saint François d’Assises, le saint patron des animaux et de l’environnement dans la tradition catholique – les Eglises sont appelées à participer à un “Temps pour la création”.
Cette initiative a été prise il y a une dizaine d’année, à Sibiu (Roumanie), lors du troisième rassemblement oecuménique européen. Les mille cinq cents représentants des différentes Églises chrétiennes en Europe ont alors pris la décision d’instaurer « un temps de la création » commun à toutes les confessions chrétiennes. Dans la déclaration finale de ce rassemblement on peut lire : «Nous recommandons de réserver la période du 1er septembre au 4 octobre à la prière pour la protection de la création et la promotion de styles de vie durables ».
C’est pour suivre cette recommandation que nous avons adapté la liturgie du temps ordinaire de Caulmont. Nous lui avons donné la couleur de cette prière : respect de la création, engagement pour la paix et la justice. Il s’agit pour nous de porter dans la prière de manière particulière notre engagement écologique du quotidien.

Church and Peace – déclaration de fin juin 2018

« “Justice et paix s’embrasseront” (Ps 85, 11) – Cheminer ensemble pour la réconciliation dans une Europe divisée »

Ce thème a  été retenu pour la conférence internationale et l’Assemblée générale de Church and Peace du 21 au 24 juin à Hoddesdon au Royaume-Uni. Une rencontre qui a rassemblé plus de 90 personnes. Caulmont est en lien avec ce réseau européen, oecuménique et pacifiste.

Deux messages clairs sont ressortis de la rencontre :

  • Church and Peace appelle les Églises dans le pèlerinage de justice et de paix à la non-violence – Le chemin vers une « paix juste » doit dépasser progressivement la logique de la violence et de l’investissement dans la guerre.

  • L’UE risque de devenir une alliance à prédominance militaire – À mesure que les détails du Cadre Financier Pluriannuel (CFP) 2021-2027 proposé sont publiés, nous voyons l’UE s’éloigner de plus en plus de l’Europe en tant que projet de paix vers une alliance militaire.

Pour en savoir plus sur l’appel du réseau aux Églises, vous trouverez la  Declaration finale en cliquant ICI

 

Semaine de prière pour l’unité : coup de projecteur sur le label EGLISE VERTE

A l’occasion de se la semaine de prière pour l’unité chrétienne, dans un communiqué le Conseil d’Eglises Chrétiennes en France (CÉCEF) souligne :

Quand les chrétiens reprennent le cantique de Moise et de Myriam : « Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur » (Ex 15,2), ils témoignent aussi de leur expérience de l’action de salut et de libération de Dieu : libération de l’esclavage qui a marqué l’histoire des chrétiens des Caraïbes qui ont choisi le thème de cette année, mais aussi libération de toutes les formes d’esclavage moderne et d’addictions qui menacent à la fois la société et la planète.

Aussi, de manière très pratique le CÉCEF recommande que les offrandes recueillies au cours des célébrations contribuent à la mise en place du label « Église verte » qui vise à favoriser la conversion écologique des paroisses et communautés locales. Caulmont Ardèche, une des associations de Caulmont, est partenaire de ce label (voir la page notre engagement éthique et écologique).

C’est pour nous l’occasion de remettre un coup de projecteur sur le label Eglise verte avec cette vidéo. Et pour aller sur le site Eglise verte c’est ici !

Prière pour l’unité des chrétiens

Caulmont est  association chrétienne œcuménique, communion rassemblant des chrétiens catholiques et protestants. Aussi  la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens qui s’ouvre aujourd’hui est pour nous un temps fort :

Le Seigneur est ma force et ma louange. Livre de l’Exode, chap. 15, v.2

Les textes pour la Semaine de prière pour l’unité de cette année ont été préparés par les églises des Caraïbes.

L’histoire du christianisme dans cette région est paradoxale. D’une part, la bible a été utilisée par les colonisateurs. Elle a justifié la soumission imposée aux premiers habitants de ces terres, et celle d’autres êtres humains qui furent déportés d’Afrique, d’Inde et de Chine. Un grand nombre d’entre eux ont été exterminés, enchaînés et asservis, soumis à d’injustes conditions de travail. D’autre part, la bible est devenue source de consolation et de libération. Pour beaucoup de ceux qui ont souffert sous le joug des colonisateurs, elle a été source de liberté. Aujourd’hui, la bible continue d’apporter consolation et libération, Elle encourage les chrétiens des Caraïbes à réfléchir aux situations qui portent atteinte à leur dignité humaine et à leur qualité de vie.

Alors que les chaînes de fer de l’esclavage tombent de nos mains, un nouveau lien d’amour et de communion émerge dans la famille humaine. Un lien qui exprime l’unité pour laquelle prient nos communautés chrétiennes.

Vous trouverez ici le passage de l’Evangile selon Marc qui a été retenu pour la célébration : texte Evangile selon Marc – unité 2017