À l’occasion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens qui a lieu du 18 au 26 janvier 2026, dont le thème est « Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance » (Éphésiens 4,4), KTO vous propose une programmation spéciale avec des documentaires, des magazines et des méditations.
Tous les jours de la semaine, du dimanche 18 au samedi 24 janvier à 8h25 (rediffusion 10h45, 15h25, 18h45 et 21h35, des chrétiens de toutes confessions témoignent au micro de KTO. Ces interviews seront aussi diffusées sur KTO radio dans la matinale (6h45-9h) et dans la matinée.
Programmation à suivre et à revoir sur le site de Kto
Mgr Vahan Hovanessian, dimanche 18 janvier à 8h25
Méditation avec Mgr Vahan Hovhanessian, ancien primat de l’Église apostolique arménienne de France, sur le thème : « Notre vocation ». Cette année, ce sont les fidèles de l’Église apostolique arménienne, avec un groupe œcuménique de chrétiens arméniens, qui ont coordonné la préparation des prières et réflexions pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2026.
Pasteur Christian Baccuet, lundi 19 janvier à 8h25 Méditation avec le pasteur Christian Baccuet, président du conseil national de l’Église protestante
unie de France. Thème : « Nous supporter les uns les autres avec amour ».
Mgr Hugues de Woillemont, mardi 20 janvier à 8h25
« Que nous puissions avoir l’audace et la joie de découvrir toute cette diversité de manières de prier, de célébrer la présence du Ressuscité ! » Méditation avec Mgr Hugues de Woillemont, vicaire général de l’ordinariat de France des catholiques orientaux et directeur général de L’Œuvre d’Orient. Thème : « Le lien de la paix ».
Pasteure Brigitte Rabarijaona, mercredi 21 janvier à 8h25
« Au cœur de ce christianisme qui a plusieurs visages mais un seul corps, il y a une espérance commune plus forte que nos différences ». Méditation avec la pasteure Brigitte Rabarijaona, consultante en traduction biblique pour l’Alliance Biblique Universelle et membre du groupe international des rédacteurs de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2026. Thème : « Appelés à une seule espérance ».
Julija Naett-Vidovic, jeudi 22 janvier à 8h25 « Nous ne partons pas de zéro dans le dialogue œcuménique, nous reconnaissons le baptême lorsqu’il est effectué au nom de la Sainte Trinité». Méditation avec JulijaNaett-Vidovic, professeur de patrologie et d’histoire des conciles à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge. Thème : « Une seule foi, un seul baptême ».
Père Miguel Desjardins, vendredi 23 janvier à 8h25
« Notre Dieu et Père aime d’un amour égal tous ses enfants ». Méditation avec le père Miguel Desjardins, délégué national pour l’unité des chrétiens à la Conférence des Évêques de France. Thème : « Un seul Dieu et Père ».
Sœur Leticia Candelario Lopez, samedi 24 janvier à 8h25
« Nous sommes appelés à contribuer à l’unité de la famille de Dieu en vivant notre vocation à la sainteté » . Méditation avec Sœur Leticia Candelario Lopez, religieuse mexicaine de la Fraternité missionnaire Verbum Dei à Singapour, et membre du groupe international des rédacteurs de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2026. Thème : « Le don de Dieu offert dans le baptême ».
Dieu, Père, Père de Jésus le Christ et notre Père, En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, Nous inscrivons nos mots dans la fidélité à la prière de Jésus : « Que tous soient un ».
Dans cet élan d’unité, nous te présentons Ton Eglise, Nos communautés, nos paroisses, nos églises locales, Quelles que soient leurs confession, leur désignations : Orthodoxes, Catholiques, Protestants, Evangéliques, Pentecotistes… Toutes nos manières de croire et de te célébrer Tout ce qui est fait en ton nom et pour ton Règne.
Tu es notre unité, Tu traces toi seul les contours de Ton Eglise.
Dans cet élan d’unité, nous te présentons Ta création, Notre humanité, en solidarité avec tout le vivant, Quelles que soient ses formes et ses règnes : Monères, protistes, champignons, végétaux, animaux… Toutes les manières de vivre et d’habiter ce monde Toutes les créatures qui demeurent entre tes mains.
Tu es notre unité, Tu fais de nous des citoyens de ce monde et des cieux.
Que l’unité de notre foi, nous conduise dans l’amour enseigné par Jésus, à nous solidariser avec le vivant dans ses souffrances et ses luttes.
Dieu, Père, En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, Nous inscrivons nos mots dans ceux retenus par les Eglises d’Arménie : « Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance»
Tu es notre unité, Oui, Tu es l’espérance de tout le vivant. Nous déposons tout entre tes mains : nos Eglises et ce monde. Que souffle ton Esprit. C’est vrai.
Une émission de radio sur l’unité, avec le pasteur Pierre Blanzat, engagé pour l’unité
Un seul corps, un seul esprit, une seule espérance…
À l’occasion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens qui débute aujourd’hui, Jean-Luc Gadreau reçoit ce matin Pierre Blanzat, chargé des relations avec les Églises chrétiennes pour la Fédération protestante de France. Une émission radio sur l’unité : il sera question de rencontres, de prière, de diversité, mais aussi d’une espérance partagée, à l’écoute de cette parole de l’apôtre Paul : « Il y a un seul corps et un seul Esprit… une seule espérance. »
A Caulmont nous sommes passionnés par l’unité ! « Aie la passion de l’unité du corps du Christ et refuse-toi à toute polémique : l’amour est plus grand que la foi et l’espérance. Ne te résigne pas à la division des chrétiens. Demeure solidaire de ton église. » Dit notre texte fondamental – le sillon de Caulmont. Nous sommes une communion, une association chrétienne œcuménique d’expression francophone. Nos membres sont dispersés sur leurs lieux de vie à travers la France et l’Europe. Caulmont est aussi un lieu où se vit, s’incarne et s’expérimente au quotidien la vocation de la prière, du partage et de l’unité.
Message pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens : Pour cette année semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2026, j’ai repris la prière de Jésus « Que tous soient un ». pour une relecture de l’unité qui est un des fondamentaux de Caulmont. Voir ici la page sur l’unité.
Quelques mots de ce message pour la semaine de prière pour l’unité :
Justice et amour sont unis – Dieu donne toute la terre à tous les humains pour y vivre dans le respect, dans l’honneur, dans l’amour mutuel – à travers les mots du métropolite Amba Thomas, j’entends un écho à l’unité telle qu’elle résonne dans la prière de Jésus. Ne pas être semblable les uns aux autres pour faire circuler une parole. Mais ne pas être étranger les uns des autres. Vivre une unité parfaite non pas en tant qu’elle gommerai les différences, mais parce qu’elle construit l’unité vivante et vraie à partir de la diversité. Chacune, chacun a du prix aux yeux de Dieu, et ce quelles que soient nos appartenances ecclésiales
Alors dans ce mois de janvier où nous vivons la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, alors que le monde lui vit la période des vœux pour la nouvelle année, entendons la prière de Jésus – non pas comme de bons vœux formulés une fois de plus – mais comme une résolution de foi : « Que tous soient un comme toi, Père tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous. Eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé »
Le message pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2026 en intégralité :
La semaine de prière pour l’unité des chrétiens a lieu chaque année durant le mois de janvier, pour 2026 : du 18 au 25 janvier. Cette année, la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens a été préparée par les fidèles de l’Église apostolique arménienne. Les fidèles de cette église se sont réunis avec leurs frères et sœurs de l’Église catholique et des Églises évangéliques arméniennes. Ces textes ont été rédigés puis soumis à la discussion lors d’une rencontre qui s’est tenue au siège de l’Église apostolique arménienne, lors des journées inspirantes de la bénédiction du Muron (Saint Chrême) et de la re-consécration de la Cathédrale mère, les 28 et 29 septembre 2024. Cette commémoration a offert au peuple arménien et aux membres du groupe de rédaction une occasion unique de réfléchir à la foi chrétienne que nous partageons, qui demeure vivante et fructueuse dans nos églises aujourd’hui. Ce matériel que nous mettons a disposition ci-dessous, s’appuie sur des prières traditionnelles en usage parmi le peuple arménien depuis des siècles, ainsi que sur des hymnes composées dans d’anciens monastères et églises d’Arménie, dont certains remontent au IVe siècle. La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2026 nous invite à puiser dans cet héritage chrétien commun et à approfondir notre fraternité en Christ, qui unit les chrétiens du monde entier.
Dans l’hémisphère nord, la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens est célébrée du 18 au 25 janvier. Ces dates furent proposées en 1908 par Paul Wattson de manière à couvrir la période entre la fête de saint Pierre et celle de saint Paul. Ce choix a donc une signification symbolique. Dans l’hémisphère Sud, où le mois de janvier est une période de vacances d’été, on préfère adopter une autre date, par exemple aux environs de la Pentecôte (ce qui fut suggéré par le mouvement Foi et Constitution en 1926) qui représente aussi une autre date symbolique pour l’unité de l’Église.
Entre le dimanche de l’Epiphanie – 4 janvier – et le jour de l’Epiphanie – 6 janvier , nous partageons cette méditation de Michel Hubaut :
Chacun de nous, poète ou ingénieur, pauvre ou riche, jeune ou vieux, travailleur manuel ou intellectuel, chef d’État ou concierge, tous nous poursuivons une étoile dans le ciel de notre cœur, de notre conscience ou dans le ciel de nos rêves. Les hommes sont souvent des «Mages» qui, dans la nuit, sont en quête d’une étoile.
Comment s’appelle l’étoile que vous cherchez, l’étoile qui vous permet de vivre, d’espérer encore et malgré tout ? S’appelle-t-elle: santé, justice, Paix, Amour, Bonheur, tendresse, Liberté ? Car le plus dramatique dans la vie d’un homme, c’est de ne plus avoir d’étoiles à poursuivre! Alors au fond d’une nuit trop noire, l’homme se meurt de désespoir ou d’ennui.
La foi est l’étoile du croyant. Elle est un don de l’Esprit, une lumière intérieure qui l’aide à regarder «autrement» sa vie quotidienne. La foi est un nouveau regard illuminé par la lumière du Christ vivant qui se lève, peu à peu, sur l’obscurité de notre terre. La foi est une invitation à apprendre à discerner les «épiphanies» de Dieu, à découvrir ces mille et une petites étoiles qui, de temps en temps, percent la grisaille de notre vie quotidienne.
L’Épiphanie est une fête chrétienne : dans la confession catholique, elle célèbre, depuis le début du iie siècle, le Messie venu et incarné dans le monde et qui reçoit la visite et l’hommage des trois Rois mages[1] offrant à l’origine de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Dans la confession orthodoxe, ce jour (ou théophanie) célèbre la manifestation au monde de Jésus de Nazareth comme Christ et Fils de Dieu par son baptême[2]. Elle a lieu le 6 janvier[3].
Depuis 1971, dans les régions où l’Épiphanie n’est pas un jour férié, elle peut se fêter le deuxième dimanche après Noël (c’est-à-dire le premier dimanche qui suit le 1er janvier)[4]. En France, c’est le cas depuis 1802, règle qui a été instaurée par un décret du cardinal Caprara[4], légat du pape Pie VII.
La fête s’appelle aussi – en particulier chez les orthodoxes – « Théophanie », qui signifie également la « manifestation de Dieu ».
«Je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie » – dit l’ange dans l’évangile selon Luc. Je voudrais m’arrêter pour ce message de Noël sur ces quelques mots – laisser de côté la crèche, l’âne et le bœuf, les bergers, le petit enfant qui vient de naître pour n’entendre que cette parole d’ange – l’ange qui est un messager.
«Je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie »
La bonne nouvelle est ici indissociable de la joie. Et vous me direz, parler d’évangile et de joie un jour de Noël à quelque chose de convenu. Rien de très surprenant. Mais pourtant, il faut entendre que dans la parole du messager : l’évangile, la bonne nouvelle, est indissociable de la grande joie. Il s’agit de « l’évangile de la grande joie ».
Alors, peut-être que certains trouveront ce verset un peu provocateur pour aujourd’hui. Cette année, encore nous fêtons Noël avec quelques arrières pensées de « crises » plus que de joies. Crise du monde agricole, avec les difficultés des éleveurs. Crise politique avec les questions de budget de l’état. Crise géopolitique avec l’Ukraine et la Russie, avec la Palestine et Israël. Ces discours de crises répétés donnent à la joie de Noël une saveur très particulière parfois même une amertume.
Je parle des discours de crise du monde, mais remarquez que en relisant le texte de l’évangile, je me suis demandé si on avait toujours bien compris ça dans l’histoire de l’église ! Car faut-il le reconnaitre, les théologien-e-s, celles et ceux qui se sont penchés sur le texte biblique sont peu nombreux a être des enthousiastes (sauf peut être quelques mystiques). Mais la plus part sont des moralistes, des philosophes, des penseurs… tous moins joyeux les uns que les autres ! Mais des gens heureux ? Ils sont malheureusement moins nombreux.
Y’en a quand même : Chez les pères de l’Eglise, Augustin par exemple sait témoigner de sa joie dans les confessions. Même si dans ses traités théologiques la bonne humeur ne soit pas un trait caractéristique. Autre époque, au moyen-âge, l’auteur de la somme théologique qui est tout sauf une farce, Thomas d’Aquin écrivait quand même « nous valons ce que valent nos joies ». La valeur de l’humain se trouve dans ses joies.
Ensuite au moment de la Réforme, nous pouvons penser à Luther et ses fameux « propos de table » – qui font le portrait d’un bonhomme simple aux joies simples. Ce Luther qui écrivait : « prendre du bon temps et boire une bière, c’est aussi un acte de foi ». Plaisir simple, joie simple qui témoignent de la l’évangile comme une bonne nouvelle – acte de foi.
Nous retrouvons cela chez Calvin de manière plus discrète, car Calvin est loin d’être un comique de la taille de Luther, mais l’austère genevois écrivait pourtant : « Ayons les cœurs élevés vers le haut pour aimer le Christ que nous ne voyons pas et que croyant en lui nous soyons ravis d’une joie inénarrable et magnifique ». Joie inénarrable écrit Calvin, la joie est pour lui irracontable, indicible c’est sans doute ce qui explique que Calvin ne parle pas souvent de la joie ! Une joie qui ne peut se dire… voilà ce qui peut expliquer qu’aucun des théologiens cités ne soit jamais devenu une star de stand up !
J’ai mené grand train un petit parcours œcuménique de quelques théologiens, Augustin, Thomas d’Acquin, Luther et Calvin ; mais il faut quand même reconnaitre que que malgré la parole de l’ange aux bergers : « la bonne nouvelle de la grande joie ».
Car c’est cette joie, cette bonne nouvelle d’une grande joie ; qui réunit l’église, ce qui fait l’église – ce qui fonde la mission de l’église. Cette parole que reçoivent les disciples et qui est de l’ordre d’une vocation pour le Christ qui vient de naître : « N’ayez pas peur, car je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie qui sera pour tout le peuple ». Bonne nouvelle de la grande joie : vocation pour le Christ et pour l’église
Une joie à recevoir à Noël, une joie à bâtir dans nos liens fraternels et notre communion. A Caulmont, c’est ce thème de la joie que nous avons retenu pour notre journée d’été, le 12 juillet (cf. ci-dessous). Alors dans cet élan d’une joie donnée, que chacun partage un joyeux Noël avec les siens, ses proches, comme un acte de résistance à toutes les paroles de peur et de crise.
Message de Noël 2025 : n’expulsons pas le bœuf de la crèche ! Le sens de Noël alors que nos campagnes sont marquées par la Dermatose Nodulaire Contagieuse
N’expulsons pas le bœuf de nos crèches ! Avec la gestion de la crise de la dermatose nodulaire contagieuse se dit un système totalitaire qui abat des troupeaux aux dimensions démesurées. Mais se dit aussi une crise de sens. Quand des vétérinaires sensés soigner doivent abattre des animaux sains pour éviter une éventuelle contagion… Cette crise de sens rejoint dans sa violence, les autres violences du monde. Rappelons un extrait de la conclusion de Louise Browaeys, dans Accompagner le vivant :
« Dès que nous approchons et questionnons un sujet, que ce soit l’agriculture, l’alimentation, l’accouchement, la gouvernance, ou encore l’éducation, nous saisissons la violence avec laquelle il a été traité ces dernières décennies (siècles ?), dans une optique d’efficacité et de contrôle, segmentaire, parfois totalitaire, souvent contre-productive. La mise au rancart des paysans comme des femmes – ceux qui étaient peut-être les mieux à même de prendre soin et de guérir – a permis d’instituer dans de nombreux domaines ce qu’Ivan Illich appelle un « monopole radical » : le primat de l’offre technologique et énergivore sur la liberté des individus, soit un monopole qui contraint les hommes à modifier radicalement leurs habitudes en restreignant leur liberté (voiture, télévision, grande distribution, etc.). C’est bien là que les combats de la permaculture et de l’écoféminisme se rejoignent et se prolongent : dans cette recherche d’un rapport au monde non prédateur, joyeux, fondé sur la guérison et le soin, la paix, l’émancipation et l’entraide »
En ces jours de l’Avent qui précèdent la fête de Noël, sachons regarder notre monde en face, pour dénoncer les lieux en manque d’amour. Et sachons dire, encore, et encore, que c’est dans ce monde que nous sommes invités à vivre la guérison, la paix, l’émancipation et l’entraide comme autant de signes qui font habiter le Règne de Dieu sur cette terre. Christian Bobin, dans La plus que vive, écrivait : « Nous n’habitons pas des régions. Nous n’habitons même pas la terre. Le cœur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure. » A Noël, Dieu est venu habiter dans une crèche mais surtout dans nos cœurs : sachons en vivre !
Le conte de Noël 2025 partagé par Sophie. Le dernier numéro des Nouvelles de la communion était déjà bien rempli, nous avons préféré le partager ici, sur le site Internet… MERCI SOPHIE !
Cela fait maintenant plusieurs jours que l’hiver est arrivé. Dehors les habitants se dépêchent de rentrer chez eux en enfonçant leurs pas dans la neige profonde comme s’ils écrivaient avec leurs sabots sur la page blanche d’un immense cahier. Les flocons tombent sans interruption et tout à l’heure quand le vieil homme sortira, ils couvriront d’une nouvelle couche tous les chemins. Et cette fois se seront ses pas qui écriront la suite de l’histoire, une histoire commencée il y a bien longtemps.
Tout commença quand ils vinrent pour la première fois. A cette époque chaque famille du village possédait plusieurs champs d’une terre riche et légère dans laquelle on semait la garance. Elle poussait tout autour du village et en été l’éclat de ses fleurs jaunes brillait comme mille feux. Une fois récoltée et séchée, elle donnait une teinture rouge qui servait à colorer les tissus. On affirmait que le rouge ainsi obtenu était connu dans le monde entier.
Le vieil homme de notre histoire était encore un enfant quand ils vinrent pour la première fois. C’était à ce moment de l’année où les jours sont les plus longs. Les champs se teintaient de jaune, de ce jaune qu’on transformait en rouge et qui faisait vivre tout le village. Ils étaient une dizaine. Celui qui dirigeait le groupe, AKUPAÏ, était le seul qui parlait la langue des villageois. Il expliqua que ses compagnons et lui cherchaient du travail. Ils furent bien accueillis, ils tombaient au bon moment. Les champs brillaient d’un jaune intense, la récolte allait être exceptionnelle, il y avait besoin de bras.
Akupaî et ses compagnons travaillaient dur. Ils partaient tôt le matin et ne rentraient que le soir après avoir arraché les racines de garance toute la journée. Leur peau avait la même teinte que les fleurs de garance, et quand ils étaient dans les champs, ils donnaient l’impression d’y disparaitre complètement. Akupaï travaillait sur les terres de la famille du petit garçon de notre histoire, c’est pourquoi il habitait chez eux. Après le repas du soir, les autres étrangers venaient rejoindre AkupaÏ et ils discutaient dans leur langue jusque tard dans la nuit. Parfois, ils sortaient de leur poche des petits bouts d’os qu’ils faisaient sauter sur leurs doigts meurtris par la garance, alors ils faisaient des parties interminables d’un jeu étrange. Après chaque lancer ils dessinaient des signes sur le sol poussiéreux. Le petit garçon n’y comprenait rein mais il restait à les observer.
Un soir, alors que la garance était presque récoltée, Akupaï était seul le regard perdu dans le lointain. Le petit garçon vint s’asseoir à côté de lui, et Akupaï lui parla de son pays, un pays où les fleurs ne poussaient pas, un pays où l’hiver durait si longtemps que l’on vivait dans une maison de glace car il y avait trop peu d’arbres pour en fabriquer en bois.
Quelques jours plus tard, quand la récolte fut terminée, Akupaï et ses compagnons se mirent en route pour retourner chez eux. Mais les villageois leur expliquèrent qu’ils pouvaient revenir au cœur de l’hiver quand les jours sont les plus courts. Akupaï secoua la tête de haut en bas en répétant ce qu’on lui avait dit à ses compagnons. Puis ils saluèrent les villageois rassemblés et ils s’en allèrent.
Les mois passèrent, les jours se firent plus courts, le temps se fit plus froid. Les oiseaux s’envolèrent plus au sud. La nuit il gelait à pierre fendre et les loups hurlaient alentour. Pour embaumer les maisons du parfum de la résine, on coupait un sapin que l’on mettait dans un coin. Chaque villageois montait de temps en temps dans sa grange pour voir si les racines de garance séchaient correctement. Ils espéraient tous le retour d’Akupaï et des siens pour les aider au dur travail qui les attendait.
Un matin, alors que le jour se levait à peine, les enfants poussèrent de grands cris. Au loin, dévalant les terres nues et blanches, une étrange procession d’hommes vêtus de longs manteaux de peau et chaussés de grosses bottes fourrées, aux visages jaunes comme les couleurs de l’été, approchait du village. Derrière eux ils tiraient de lourds traineaux faits de bois et d’os, recouverts de peaux d’animaux. Ils étaient revenus.
Pour fêter leur retour dans chaque maison on tua une oie bien grasse que l’on mit à rôtir. On mangea longtemps en discutant amicalement. Le parfum du sapin et des épices embaumait la maison. Puis les mots se firent de plus en plus rares, comme les bougies qui s’éteignirent les unes après les autres.
Le lendemain matin, sous le sapin, une forme inhabituelle attira le regard du petit garçon. Quelques feuilles de maïs séchées, nouées par une ficelle de chanvre entouraient un objet. En s’approchant il vit que son prénom était inscrit sur les feuilles. Vite il ouvrit et il découvrit…. Cinq bouts d’os polis, 4 clairs et un plus foncé. C’était le jeu d’Akupaï qui lui expliqua comment jouer et à défaut de sable ils marquèrent les points sur le givre de la fenêtre.
Quand il voulut montrer aux autres enfants ce qu’il avait reçu, il s’aperçut que chacun tenait un cadeau dans sa main, une flûte taillée dans un bois de renne, un couteau au manche sculpté, des figurines taillées dans une pierre qui ressemblait à de la glace. C’était la première fois qu’on leur offrait un cadeau ainsi.
Pendant plusieurs semaines Akupaï et ses compagnons travaillèrent la garance dans des grandes cuves où bouillaient les racines. Les cuves de teinture dégageaient une chaleur suffocante mais les enfants qui venaient les voir l’appréciait quand le froid était vif dehors. Dans les cuves on trempait la laine, le lin et la soie. Akupaï et ses compagnons n’avaient pas imaginé voir ce rouge éclatant qui transformait les tissus, quand ils travaillaient dans le jaune des champs. Alors ils y plongèrent leurs habits et leurs longs manteaux de peau.
Et ce fut ainsi pendant plusieurs années. Ils revenaient pour la récolte puis pour la teinture des tissus. Il n’était pas rare quand la garance était presque sèche et que tombaient les premiers flocons, de croiser un enfant qui surveillait l’horizon pour être le premier à voir la procession des hommes venus du froid.
Ils arrivaient toujours au moment où, après les jours les plus courts, on espérait que petit à petit les jours rallongeraient. Quand les enfants voyaient enfin poindre à l’horizon une lueur presque aussi rouge que celle du soleil couchant, ils couraient prévenir les parents, ceux-ci coupaient un sapin pour mettre dans la maison et préparaient un bon repas pour le soir. Puis commençait une autre attente jusqu’au lendemain matin, quand, près du sapin, enveloppé dans quelques feuilles de maïs séchées et nouées par une ficelle de chanvre, les enfants découvraient leur cadeau.
Tout aurait pu continuer comme cela pendant encore longtemps, la garance jaune transformée en couleur rouge, les tissus blancs plongés dans les cuves de teinture, les hommes du froid qui venaient chercher du travail… Mais peu à peu la garance se vendit de moins en moins bien. On pouvait teindre les tissus en rouge ailleurs, plus vite, moins cher. Les marchands ne vinrent plus. Ce fut la fin de la garance.
Autour du village les champs ne se coloraient plus en jaune. Le travail manquait. Certains habitants du village durent à leur tour aller chercher du travail ailleurs. Mais ce qui peinait le plus les enfants, c’est qu’ils ne verraient plus se détacher à l’horizon la silhouette rouge de ceux qui revenaient chaque année quand la garance était sèche, que les jours étaient courts et que la neige recouvrait le paysage.
Cette année-là, le petit garçon et sa famille, le soir où on espérait que les jours allaient rallonger, étaient réunis sans joie. Il avait neigé toute la journée. Soudain quelques coups frappés contre la vitre les effrayèrent. Ils s’approchèrent de la fenêtre, inquiets. C’était Akupaï. Et derrière lui il y avait un traineau plein de petits paquets enveloppés dans des feuilles de maïs séchées et nouées par une ficelle de chanvre.
Akupaï revint ainsi tous les ans, sa barbe noire devint blanche mais il avait toujours son long manteau rouge. Il venait de son pays sans fleurs et sans arbres et sur son traineau il apportait un présent à chaque enfant. Les enfants du début de l’histoire étaient devenus des adultes, Akupaï apporta des cadeaux à leurs enfants, puis des vieillards, Akupaï apporta des cadeaux à leurs petits-enfants. Le petit garçon de notre histoire lui aussi avait vieilli, mais chaque année Akupaï passait le voir, ils faisaient une partie d’osselets en inscrivant les points sur le givre de la fenêtre comme la première fois.
La dernière fois qu’ils se virent, Akupaï eut du mal à jouer, il paraissait fatigué, ses doigts tremblaient. La partie terminée ils se serrèrent dans leurs bras. Le lendemain, Akupaï était parti, mais, accroché dans le couloir, le vieil homme son ami découvrit le long manteau rouge et les grosses bottes fourrées.
Voilà l’histoire d’Akupaï. Son vieil ami enfile les bottes et le long manteau rouge qui lui tiendra chaud quand il sortira dans le froid. Derrière les vitres des maisons il aperçoit les sapins, les familles qui festoient, il devine les enfants impatients. En chargeant les cadeaux sur son traineau il laisse des traces dans la neige, comme s’il écrivait dans un livre… la suite de l’histoire. CEST NOËL
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