Joie de Noël 

«Je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie » – dit l’ange dans l’évangile selon Luc. Je voudrais m’arrêter pour ce message de Noël sur ces quelques mots – laisser de côté la crèche, l’âne et le bœuf, les bergers, le petit enfant qui vient de naître pour n’entendre que cette parole d’ange – l’ange qui est un messager.
«Je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie »
La bonne nouvelle est ici indissociable de la joie. Et vous me direz, parler d’évangile et de joie un jour de Noël à quelque chose de convenu. Rien de très surprenant. Mais pourtant, il faut entendre que dans la parole du messager : l’évangile, la bonne nouvelle, est indissociable de la grande joie. Il s’agit de « l’évangile de la grande joie ».
Alors, peut-être que certains trouveront ce verset un peu provocateur pour aujourd’hui. Cette année, encore nous fêtons Noël  avec quelques arrières pensées de « crises » plus que de joies. Crise du monde agricole, avec les difficultés des éleveurs. Crise politique avec les questions de budget de l’état. Crise géopolitique avec l’Ukraine et la Russie, avec la Palestine et Israël. Ces discours de crises répétés donnent à la joie de Noël une saveur très particulière parfois même une amertume.
Je parle des discours de crise du monde, mais remarquez que en relisant le texte de l’évangile, je me suis demandé si on avait toujours bien compris ça dans l’histoire de l’église ! Car faut-il le reconnaitre, les théologien-e-s, celles et ceux qui se sont penchés sur le texte biblique sont peu nombreux a être des enthousiastes (sauf peut être quelques mystiques). Mais la plus part sont des moralistes, des philosophes, des penseurs… tous moins joyeux les uns que les autres ! Mais des gens heureux ? Ils sont malheureusement moins nombreux.
Y’en a quand même : Chez les pères de l’Eglise, Augustin par exemple sait témoigner de sa joie dans les confessions. Même si dans ses traités théologiques la bonne humeur ne soit pas un trait caractéristique. Autre époque, au moyen-âge, l’auteur de la somme théologique qui est tout sauf une farce, Thomas d’Aquin écrivait quand même « nous valons ce que valent nos joies ». La valeur de l’humain se trouve dans ses joies.
Ensuite au moment de la Réforme, nous pouvons penser à Luther et ses fameux « propos de table » – qui font le portrait d’un bonhomme simple aux joies simples. Ce Luther qui écrivait : « prendre du bon temps et boire une bière, c’est aussi un acte de foi ». Plaisir simple, joie simple qui témoignent de la l’évangile comme une bonne nouvelle – acte de foi.
Nous retrouvons cela chez Calvin de manière plus discrète, car Calvin est loin d’être un comique de la taille de Luther, mais l’austère genevois écrivait pourtant : « Ayons les cœurs élevés vers le haut pour aimer le Christ que nous ne voyons pas et que croyant en lui nous soyons ravis d’une joie inénarrable et magnifique ». Joie inénarrable écrit Calvin, la joie est pour lui irracontable, indicible c’est sans doute ce qui explique que Calvin ne parle pas souvent de la joie ! Une joie qui ne peut se dire… voilà ce qui peut expliquer qu’aucun des théologiens cités ne soit jamais devenu une star de stand up ! 
J’ai mené grand train un petit parcours œcuménique de quelques théologiens, Augustin, Thomas d’Acquin, Luther et Calvin ; mais il faut quand même reconnaitre que que malgré la parole de l’ange aux bergers : « la bonne nouvelle de la grande joie ».
Car c’est cette joie, cette bonne nouvelle d’une grande joie ; qui réunit l’église, ce qui fait l’église – ce qui fonde la mission de l’église. Cette parole que reçoivent les disciples et qui est de l’ordre d’une vocation pour le Christ qui vient de naître : « N’ayez pas peur, car je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie qui sera pour tout le peuple ». Bonne nouvelle de la grande joie : vocation pour le Christ et pour l’église
Une joie à recevoir à Noël, une joie à bâtir dans nos liens fraternels et notre communion. A Caulmont, c’est ce thème de la joie que nous avons retenu pour notre journée d’été, le 12 juillet (cf. ci-dessous). Alors dans cet élan d’une joie donnée, que chacun partage un joyeux Noël avec les siens, ses proches, comme un acte de résistance à toutes les paroles de peur et de crise. 
Benoît

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