Méditation sur le sens du carême

Ce mercredi, le carême va s’ouvrir, l’occasion d’une petite méditation sur le sens du carême :

Marche vers le vendredi saint, marche vers la crucifixion puis vers Pâques, le carême est une mise en chemin vers la mort donnée et vers la résurrection promise. 

Cette marche est présente dans le texte évangélique. Ainsi, dans l’évangile selon Marc, à trois reprises Jésus annonce sa mort à ses proches au chap. 8, 9 et puis au chap. 10 : « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes. Ils le condamneront à mort et le livreront aux païens, ils se moqueront de lui, ils cracheront sur lui, ils le flagelleront, ils le tueront et, trois jours après, il ressuscitera ». Ces annonces sont trois paroles de Jésus par lesquelles il dit explicitement ce qui l’attend.

Mais en fait l’évangéliste Marc souligne la tension vers la mort dès le commencement de son évangile. Ainsi, au chap. 1, Marc affirme que Jésus prend la suite de la prédication du Baptiste après que Jean eut été livré. Dès le commencement nous savons que l’annonce du Royaume ne va pas sans péril. Ensuite, l’appel des disciples par Jésus entraine rapidement la confrontation avec les pharisiens et les disciples de Jean (chap. 2, v. 18s). Assez vite également, Jésus constate le silence et l’endurcissement du cœur d’une partie de son auditoire (chap. 3, v. 5). Bref, dès les commencements de sa prédication la tension est présente et la tension montera au fur et à mesure que Jésus se dirigera vers Jérusalem. 

Une vie menacée

Une vie menacée : c’est ce que disent cette tension grandissante et ces annonces répétées trois fois de la passion. Cette menace est à souligner d’autant qu’à notre époque et dans notre occident, nous tentons désespérément et par tous les moyens – idéologiques, techniques et cosmétiques – d’effacer la mort tant que nous sommes vivants.

L’idéologie capitaliste libérale du profit et de la croissance ne supporte pas la limite, elle préfèrera détruire nos consciences et anéantir le vivant que limiter le profit de quelques uns. La technique – notamment dans sa consommation énergétique – se fait dévorante et menace là encore le vivant mais nous n’y renoncerons pas. Cosmétique enfin notre idolâtrie prend les contours d’un jeunisme qui veut gommer les effets du temps sur les corps quitte à les pourrir d’un tas de polluants, et pourtant nous les connaissons tous, ces effets du temps. Pour parler clairement : si cette folie idéologique, technique et cosmétique peut avoir les traits de Trump outre-atlantique, elle prend l’aspect de l’extrême droite ici. 

Face à cette désespérance idéologique, technique et cosmétique, l’évangile nous invite à vivre en conscience le fait que la vie est menacée. C’est ainsi que peuvent s’entendre et le climat de tension créé par l’évangéliste Marc et les annonces de la passion. Renoncer à la folie, et assumer le fait que la vie est menacée et que pourtant c’est dans cette vie-là que nous sommes invités à entendre la prédication du Royaume et à en vivre. La bonne nouvelle est pour cette vie-là et non pour un au-delà. C’est dans cette vie-là que nous sommes invités à guérir de nos maladies, de nos impuretés, de nos possessions. C’est par cette vie-là que que nous pouvons nous engager dans la foi et la suivance après Christ. Et c’est bien cette vie-là, cette vie menacée qui est appelée à la résurrection. 

Rappelons nous que cette vie menacée nous la partageons avec toutes les créatures. François d’Assise déjà rappelait le lien tissé dès la création avec nos « frères » et nos « sœurs » du monde naturel. Un des défis de l’éco-spiritualité est bien de sortir de l’anthropocentrisme. Comme si nous étions les seuls vivants. Si dans Adam les hébreux entendaient adama : la terre, la glèbe – dans humain nous pouvons entendre l’humus – cette couche du sol dans laquelle la mort – avec la décomposition organique – se conjugue à la vie. Trait d’union avec tout le vivant, nous sommes porteurs de la même vie. Rappelons-nous que le premier récit de la création nous dit que l’humain a été créé le même jour et dans le même mouvement que tout le monde animal. 

La promesse de la résurrection

Avec tout le vivant nous partageons cette vie menacée, et du coup, avec tout le vivant nous partageons la promesse de la résurrection ! Soulignons-le : la résurrection n’efface pas la mort, elle n’est pas un espoir de survie qui nous permettrait d’échapper au temps qui passe. Dans les annonces de la passion, si Jésus parle de la résurrection il n’atténue en rien la menace qui pèse sur lui : souffrance, rejet, moquerie, etc., il va mourir. Mais la résurrection dit l’éternité du lien avec Dieu, un lien qui nous englobe sans division entre corps et âme.

Nos vies ne se réduisent pas à nos envies, nos projets, nos vœux, nos profits ou à nos corps et nos relations. Notre histoire nous dépasse toujours. Avant de naître nous étions dans les projets de Dieu, dans son désir, dans son amour. Au moment de mourir son amour donné en partage sera plus fort. Cela est vrai pour l’humain, mais cela est vrai pour l’ensemble du vivant. Alors nous comprenonslLa résurrection comme l’achèvement de la création. C’est l’entrée dans une plénitude de vie dont nous ne vivons aujourd’hui que la promesse ou « les prémices » écrivait l’Apôtre Paul. L’œuvre que Dieu dans sa tendresse a commencé, ici avec nous et avec tout le vivant, sera conduite à son accomplissement. 

Alors, si le carême est une mise en chemin vers la mort donnée et vers la résurrection promise,  une mise en chemin avec Christ, avec nos sœurs et nos frères, que nous puissions vivre ce cheminement non pas dans la peur, mais dans cette tendresse de Dieu et dans son amour. Un amour pour nous et pour tout le vivant. En marchant dans cet amour, nous laissons l’évangile être force de résurrection, de relèvement, de libération et d’insurrection, et au terme de cette marche nous pourrons chanter encore : Alléluia ! Christ est vainqueur !

méditation sur le sens du carême
mare en hiver

Après cette méditations sur le sens du carême, sur le site de Caulmont chaque dimanche sera publié un conseil de lecture pour le temps du carême et chaque mercredi une méditation.

Autrement, pour retrouver d’autres méditation sur ce site, c’est par ICI et ICI le sens du carême pour l’Eglise Catholique et ICI le carême protestant sur France Culture

Une réflexion sur “ Méditation sur le sens du carême ”

  • 15 février 2026 à 22 h 11 min
    Permalink

    Amen
    Carême?
    Car : aime !

    Réponse

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