Ce livre est un roman étonnant de Kristin Omasdottir, figure de la littérature islandaise. La 4ème de couverture présente ce livre comme « une fable moderne, drolatique et grinçante ». Une fable oui, le récit est pour le moins surprenant parfois à la limite du surnaturel. Moderne, oui encore : notamment par un style décapant et une langue date de phrases brèves et sèches. Drolatique, c’est peut être le moins évident ; l’ouverture se fait dans des meurtres et la terreur d’une survivante, Billie 11 ans – qui se retrouve otage d’un soldat Rafael. Grinçante, assurément – l’auteur livre ici une réflexion sur la guerre et les militaires.
un extrait de cette 6ème lecture de carême :
« Billie joua avec le bouton de l’autoradio et arrêta la flèche lorsqu’une voix profonde se fit entendre : C’est une guerre étrange. On ignore qui sont les victimes. Quel est leur nombre. Combien de soldats envoyés par l’envahisseurs sont présents dans le pays. Nous savons peu de choses, mais nous ressentons la peur, le désespoir et l’humiliation. Les objets de valeur et les capitaux disparaissent. Le soir et la nuit, tout est sombre et silencieux. Nous attendons une attaque à la bombe sans savoir quand elle aura lieu. Le gouvernement travaille dans le secret. Il promet de protéger les intérêts et les biens des citoyens, et encourage les gens à ne pas baisser les bras.
– Qu’est-ce que tu écoutes ? demanda Rafael par-dessus la portière ouverte. Eteins la radio, s’il te plaît. – Je n’ai donc le droit de rien ? – Non, tu es une prisonnière de guerre. Une prisonnière de guerre n’écoute pas la radio et ne s’amuse pas derrière le volant d’une voiture pendant que son geôlier se tue à la tâche. » p. 144s
6ème lecture de carême après : les pensées de l’écologie – le nom de la rose tome 2 – l’eau de la relève et la peste – et la genèse de J.B. Callicott.
6ème semaine de carême, nous poursuivons notre chemin de carême avec la lecture du livre du collectif Anastasis : Urgence évangélique. En fin d’article tu peux télécharger l’intégralité de ce chemin de carême.
Notre monde, dominé par l’imbrication du capitalisme mondialisé et des souverainetés nationales, n’est pas de plus en plus uni et relié mais de plus en plus homogène et divisé : la mondialisation de la loi du marché et la militarisation des frontières vont de pair. L’époque n’est pas aussi « fluide » qu’on voudrait nous le faire croire – les puissants sont toujours plus optimistes : la mise au rebut des classes ouvrières du Nord et le parcage des migrants du Sud dans des centres de rétention aux frontières de l’Europe ou au sein même des pays européens ont plus à voir l’un avec l’autre qu’il n’y paraît. Qu’il facilite les délocalisations et la circulation du capital, ou qu’il criminalise les étrangers utilisés pour le fonctionnement de son économie, le pouvoir politique défend les intérêts des plus forts. Dans notre pays, on constate que sa manière de se maintenir en place est d’orchestrer une concurrence et une défense mortifère entre des français déclassés et des immigrés exploités.
La foi est sans frontière : elle est offerte à toutes et tous et substitue aux rapports de division et de domination politico-économiques des rapports de communion transcendant les clivages érigés par les pouvoirs. La foi ne proclame donc pas seulement que le Christ est le Sauveur, elle fait participer à l’œuvre libératrice de Dieu qui exige des conditions de vie dignes pour toutes et tous. Elle tend, dans un même mouvement, vers la préservation et la cohabitation des cultures particulières et la mise en œuvre d’un bien commun universel ». Comme l’écrit le théologien américain William Cavanaugh : « nous sommes membres du corps du Christ, un corps qui transgresse toutes les frontières des nations et des classes sociales. Nous sommes appelés à être un signe d’espérance dans un monde divisé, en gardant en mémoire nos origines communes de migrants et de pèlerins sur notre chemin vers le royaume de vérité ». Cette approche théologique suppose de revisiter les cadres politiques que nous avons normalisés ».
Urgence évangélique, p. 46-48
Résonance de carême :
La foi fait l’unité des croyants en ce qu’elle nous donne toutes et tous de participer au corps du Christ. Ce commun qui nous est donné et que nous partageons est le fondement de notre communion. Nous avons à faire corps ensemble. Il n’y a donc pas de frontières à tracer entre nous, pas de séparation, pas de division mais dans une logique du corps il nous faut tenir ensemble un rapport d’articulation. Oui, nous avons à nous articuler les uns aux autres. L’articulation dit le lien et le dynamisme, elle dit l’unité et le mouvement. Dans ce carême qui nous entraîne vers Pâques, nous sommes des migrants de la vie et des pèlerins d’espérance. Rien dans cette marche ne doit nous séparer les uns des autres, tout doit nous articuler les uns aux autres. Les divisions du monde, les oppositions qui traversent nos sociétés (jeunes vs. vieux, hommes vs. femmes, croyants vs. non-croyants, d’ici vs. d’ailleurs, etc.), les logiques de mises en concurrences du système économique débordant dans une logique de réussite et d’écrasement jusque dans la sphère privée, … ; tout cela nous invite à lutter.
Lutter pour une réconciliation, lutter pour une unité dans le prendre soin les uns des autres. La foi nous donne d’être participant à une autre logique de l’être ensemble que celle qui nous divise, nous oppose et nous tue. Pour transgresser la frontière de la langue, avec la communauté des frères de Taizé j’aime chanter : « Nada te turbe, nada te espante Quien a Dios tiene, nada le falta Nada te turbe, nada te espante Solo Dios basta ».
Par cette lutte j’attends et j’espère. J’attends le royaume dans l’action, et j’espère : je participe à l’action du corps du Christ dans son amour pour le monde.
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Au sommaire de ce numéro 214 :
Un dossier sur le respect et notamment sur le respect de la vie avec un extrait d’une prédication du pasteur Albert Schweitzer. Mais aussi plein d’info sur la vie de Caulmont : la fête du 5 juillet , les chantiers participatifs, etc.
Pour télécharger ce numéro de nouvelles, c’est par ici :
Pour recevoir par courrier – avec son sachet de graines – le n°214 des Nouvelles de Caulmont, il suffit de nous faire parvenir un email : communion@caulmont.fr
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Voici un écho de la rencontre des délégués pour l’unité des chrétiens qui a lieu à Paris ce 21 mars 2026 :
Louange et gloire à Toi, Seigneur, Unis nos voix en un seul chœur,, Bénis ton peuple, qu’il vienne à Toi, Dans sa diversité d’expressions de la foi.
Ce refrain de Christophe Houpert, composé à l’occasion de l’anniversaire du concile de Nicée-Constantinople, a résonné ce samedi 21 mars dans la grande salle de la conférence des évêques de France, avenue de Breteuil à Paris. Nous étions plus d’une cinquantaine d’actrices et d’acteurs de l’œcuménisme à la rencontre nationale des délégués pour l’unité des chrétiens : des délégués diocésains catholiques venus de toute la France et des représentant d’une belle diversité d’églises protestantes (EPUdF, église adventiste, église baptiste).
Nous nous sommes rassemblés auprès des cosecrétaires du Conseil des Eglises Chrétienne en France : le Père Miguel Desjardins, le Père Ivan Karageorgiev, et le Pasteur Pierre Blanzat.
Au programme de la rencontre des délégués pour l’unité :
D’abord un temps de présentation de la nouvelle rédaction de la Charta œcumenica signée en novembre 2025 à Rome. La Conférence des Eglises Européenne et le Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe avaient signé la première version de ce texte en 2001 à Strasbourg. Avec cette nouvelle rédaction, la charte comporte désormais 14 affirmations et 68 engagements. Sont ajoutés, par rapport à la première version d’il y a 25 ans, des points sur la place des jeunes, sur la paix et la démocratie. Mais aussi sur le respect de la création et sur les nouvelles technologies.
C’est sur de dernier point nous avons pris le reste de la matinée. Notamment sur les questions soulevées par l’Intelligence Artificielle et ses enjeux éthiques, anthropologiques et spirituels. Deux intervenants ont fait des apports conséquents et répondu aux questions. Ezechiel Kwetchi Takam, doctorant en éthique théologique à l’université de Genève qui a fait un très bel historique de l’émergence de l’IA. Puis Bernard Jarry-Lacombe, ingénieur et animateur de l’observatoire « innovation et société » de la conférence des évêques de France.
Mon âme se repose en paix sur Dieu seul : de lui vient mon salut, Oui sur Dieu seul mon âme se repose, se repose en paix.
Le temps de rencontre de l’après midi a été ouvert par ce refrain de Taizé, après un déjeuner partagé au jardin de la maison. Nous avons eu alors un temps d’échange sur nos missions d’acteurs d’unité. Ce temps de relecture de nos pratiques a eu lieu en petits groupes de 3. J’ai apprécié ce partage à trois avec Alain Gouilloud, diacre, et délégué épiscopal au service pour l’œcuménisme du diocèse de Viviers, et avec Stéphane Belval, diacre de l’église catholique, membre de l’équipe diocésaine pour l’oecuménisme du diocèse de Valence. (Un clin d’œil fraternel à Roseline – son épouse – qui était également présente, mais qui était dans un autre petit groupe de partage).
Après ce temps de partage nous avons bénéficié d’une intervention de Mgr Etienne Vetö. Mgr Vetö nouvel évêque référent pour l’unité des chrétiens pour la conférence des évêques de France. Mgr Vetö est membre de la communauté du chemin neuf et évêque auxiliaire de Reims . Il a pu nous rejoindre en visioconférence pour nous donner ses vues sur l’œcuménisme. Des vues qui s’ancrent dans une expérience de vie très personnelle (étudiant en théologie en Allemagne dans une université ou le catholicisme était minoritaire). Un temps d’information sur différentes activités œcuméniques nationales a conclu la journée : Voyage œcuménique en Arménie en Avril, Colloque de l’ISEO en juin, Nuit des veilleurs de l’ACAT en juin, Temps pour la création en septembre, etc… Avant de nous retrouver dans la prière pour l’unité. Occasion d’entonner ensemble un dernier chant, avant de réciter le notre Père :
O Jésus tu nous appelles, à former un même corps, Unis-nous, Seigneur fidèle, à ta vie et à mort, Détruis ce qui nous divise, mets en nous ta vérité, Et qu’à jamais ton Eglise, demeure dans l’unité
En ouverture de cette journée de rencontre des délégués pour l’unité :
Une belle journée de rencontres au cours de laquelle nous avons prié ensemble, chanté ensemble, partagé ensemble… et surtout nous avons beaucoup reçu les uns, des autres, et de Celui qui nous délivre de nos peurs qui nous empêchent d’aller de l’avant sur le chemin de l’unité. De Celui qui nous préserve de la tentation des crispassions sur nos identités ou du repli sur nos petites communautés. Oui : Dieu nous donne de persévérer dans la quête de la communion visible et suscite le courage des conversions pour vivre l’unité !
Benoît Ingelaere, pasteur, prieur de la communion œcuménique de Caulmont
5ème lecture de carême : les pensées de l’écologie, un manuel de poche. Livre édité par wildprojecten 2021
Baptiste Lanasspeze et Marin Schaffner livrent dans ce livre une anthologie qui traverse les temps et les lieux. Trois questions organisent ces lectures : 1- Qu’est-ce que connaître le vivant ? – 2 Comment bien vivre sur Terre ? 3- à partir de quels principes refaire des mondes ?
Un extrait de cette 5ème lecture de carême :
« Ce manuel est porté par la conviction que l’écologie constitue une recomposition de nos connaissances et de nos pratiques aussi vaste et importante que ce qu’ont pu être, à d’autres époques et sur d’autres bases, la Renaissance ou les Lumière (…). Pour cette raison, les pensées de l’écologie ne constituent donc pas seulement un courant de pensée neuf et stimulant, mais aussi un élément de réponse à al crise écologique en cours : pour mettre fin au désastre, nous avons besoin de nouveaux outils et nouveaux récits par-delà ceux de la modernité » écrivent les auteurs dans l’introduction (p. 30-31)
De Charles Darwin né en Angleterre en 1809 à Baptiste Morizot né en France en 1983, en passant des penseurs américains du XXème siècle ou des autrices indiennes contemporaines… Oui cette anthologie avec plus d’une cinquantaine de textes, traverse les temps et les lieux et livre un très beau panorama
5ème semaine de carême, nous poursuivons notre chemin de carême avec la lecture du livre du collectif Anastasis : Urgence évangélique. En fin d’article tu peux télécharger l’intégralité de ce chemin de carême.
Au premier siècle de notre ère, la Judée était sous le joug de l’Empire romain ; les juifs attendaient désespérément un messie qui les libèrerait et instaurerait un royaume théocratique. Ainsi, lorsque Jésus surgit et annonce que « les temps sont accomplis, que le royaume de Dieu est proche » (Mc. 1, 14), ses disciples lui posent la question : « es-tu celui qui doit venir où devons en attendre un autre ? » (Mt. 11, 2-11). Or, loin de chercher à instaurer un quelconque pouvoir institutionnel, Jésus prend la tangente et préfère sillonner la Galilée. D’un village à l’autre, le jeune rabbi manifeste l’inouï. Par ses paroles et par ses actes, il ouvre un monde dans lequel toutes les dominations sont abolies : possédés, lépreux, prostituées, veuves, minorités opprimées, collecteurs d’impôts, vagabonds, centurions romains… Les voilà libérés de l’exclusion où ils se trouvent enfermés, rendus à la vie, relevés. Les derniers seront les premiers : telle est la bonne nouvelle du royaume, qui jaillit, ici et maintenant, dans le présent, pour le renouveler. Le royaume advient ainsi à travers les actes de libération et d’amour que le Christ pose et qui « s’adresse à ceux qui sont affligés de divers maux et enfoncés dans la misère ou la marginalité » (F. Odinet). La théologie de la libération a bien perçu ce point, elle qui n’a cessé d’annoncer la possibilité, la proximité et l’urgence du Royaume, affirmant que Dieu règne « pour transformer une réalité socio-historique mauvaise ou injuste en une autre qui soit bonne ou juste » (J. Sobrino). Mis en œuvre concrètement, bouleversant toutes les bienséances, l’amour du Christ révèle à ceux – raisonnables, sachants, responsables religieux – qui parlent de lui sans le mettre en pratique l’étendue de leur médiocrité. Rapidement, les autorités religieuses s’alarment des propos de ce Jésus et cherchent à le faire mourir. La Croix sur laquelle il finit cloué confirme le paradoxe : l’annonce du Royaume ne signifie pas la conquête du pouvoir mais elle a une portée politique car elle ébranle les modes de vie majoritaires, les structures de pouvoir et tout l’ordre social.
Urgence évangélique, p. 40-42
Résonance de carême :
Depuis la sortie d’Egypte, la Pâque c’est d’abord le passage de l’esclavage à la liberté, l’acte même de la libération, le dynamisme qui fait sortir du pays de servitude pour monter là où coulent le lait et le miel. « Notre Dieu est délivrance, il se lève, il nous sauve, il est le Dieu de notre histoire, que les peuples lui rendent gloire » chante Noël Colombier.
Ce passage de l’esclavage à la liberté, cet acte de libération, ce dynamisme est marqué par la croix du Christ. La couronne d’épine redouble dans le sarcasme, la royauté du Christ affirmée à la croix par l’écriteau placé à son sommet.
La libération n’est pas triomphale, mais elle passe par la mort pour dire dans l’amour une vie triomphante. Le théologien J.D. Causse écrivait : « Dieu se révèle là où nul ne songe à le chercher et à le reconnaître, sous les traits d’un homme mis en croix, faible et méprisé, qui paradoxalement est force de salut » (la croix, représentations théologiques et symboliques, Labor & Fides, 2004, p. 134). Le Christ est roi et Dieu se révèle comme élan de vie. Voilà les fondements de notre libération. Croyant-e-s nous ne sommes soumis à aucun pouvoir, à aucune puissance, car « rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ ».
Fin janvier 2026 vient de paraître le 2ème tome de l’œuvre de Manarat qui s’inspire du roman d’Umberto Eco : le nom de la rose.
C’est la deuxième partie du roman qui est dessinée ici. La première s’ouvrait avec la citation d’Umberto Eco : « quand j’ai envie de me détendre, je lis un essai d’Engels ; si, au contraire, je veux me pencher sur quelque chose de sérieux, je lis Corto Maltese ». Oui, la BD peut être un art sérieux et « pour les grands » (l’éditeur conseille l’œuvre au plus de 16 ans). Plus qu’une enluminure, le dessin de Manara aussi puissant que détaillé laisse une très belle place au texte. C’est une merveilleuse adaptation qui se termine ici avec ce deuxième volume.
Faut-il présenter l’intrigue ? Le nom de la rose est le récit d’une enquête criminelle au cœur d’un monastère il y a 699 ans. Le texte d’Eco met en tension autant la quête d’un assassin que les nombreuses questions théologiques du Moyen Age ; questions dont la plus visible est celle de la pauvreté prônée par les Franciscain qui heurte la noblesse ecclésiale de son temps.
Le personnage principal, Guillaume de Baskerville est un frère franciscain, accompagné d’un novice Adso de Melk. Guillaume est chargé d’une mission diplomatique mais il devra d’abord enquêter sur les crimes commis au sein de l’abbaye. Héros du roman il exprime une volonté de justice, une défense des hérétiques et des franciscains spirituels, tout en dénonçant ses démêlés avec l’Inquisition et notamment avec Bernard Gui qui le fit emprisonner.
4ème lecture de carême – après éloge de la relationalité – l’eau de la relève et la peste – genèse de JB Callicott – d’autres conseils de lecture sont donnés dans la revue Nouvelles de la communion de Caulmont…
4ème semaine de carême, nous poursuivons notre chemin de carême avec la lecture du livre du collectif Anastasis : Urgence évangélique. En fin d’article tu peux télécharger l’intégralité de ce chemin de carême.
Si « les derniers seront les premiers » constitue la loi constitutionnelle du Royaume, alors les premiers, les déjà inclus, ne sauraient rester indemnes mais sont amenés à être destitués de leur situation de privilège et le chamboulement des places doit susciter de nouvelles formes culturelles.
Le fascisme n’est pas un ennemi comme un autre pour le christianisme : il en est l’ennemi mortel, parfois intérieur à nous-mêmes, chrétiens et chrétiennes, précisément par sa tentative d’en constituer une image difforme. Le fascisme singe la puissance de communion portée par le Christ, à travers son désir de fusion des individus dans une communauté uniforme produite par le Chef, le Duce, le Führer, l’homme providentiel. Contre cela, la communion chrétienne brise l’homogénéité hégémonique de la communauté et exalte le divers du nous, dans lequel chacun est appelé par son nom personnel. Plus pernicieux encore, le fascisme singe l’invitation paulinienne à devenir un « homme nouveau » (Eph. 4, 24). La nouvelle humanité qu’il dessine se veut plus « virile », plus endurante, plus brute, plus conquérante. La forme de vie à laquelle appelle l’Evangile consiste au contraire à chercher la vie heureuse avec courage et force d’âme, dans la pratique du soin, dans l’humilité et la reconnaissance de ses propres aveuglements, dans la mise à bas des hiérarchies entre les êtres, voire dans l’établissement d’une hiérarchie inverse qui glorifie les humiliés. L’homme nouveau fasciste n’est pas très nouveau, c’est un viriliste à l’ancienne, caricatural, dont chacun sait ce qu’il prépare : la violence. Son retour est d’autant plus insupportable que le dévoilement public, par les luttes féministes, du continent des violences sexistes et sexuelles qui lacèrent le tissu social et les vies familiales, faisait espérer le développement d’une société du soin. Couvrir ce virilisme du manteau du christianisme relève du grotesque.
Urgence évangélique p. 33-35
Résonance de carême :
L’évangile est prédication du royaume qui vient. Ce royaume dans les Ecritures est souvent comparé à une table ouverte, à laquelle notre humanité est invitée très largement. Table commune, image de la communion donnée. Table ouverte, le royaume peut aussi être comparé à une maison dont la porte ne se ferme qu’après que les invités y soient toutes et tous entré-e-s. Alors pour participer à ce royaume il nous faut accepter d’être invité.
Accepter d’être invité, c’est d’abord reconnaître que nous ne sommes pas chez nous. Le royaume est celui de Dieu et nous n’avons pas à vouloir prendre la place sur le trône. C’est encore : accepter d’être les destinataires de la même invitation que les possédés, les lépreux, les prostituées, et toutes les minorités, et tous les exclus. Nous ferons table commune, écho d’une communion donnée entre toutes celles et ceux qui renoncent à toutes prétentions pour entrer dans la tendresse de Dieu. Enfin, accepter d’être invité, c’est se mettre en route pour se rendre là où nous sommes attendus sans savoir si la place d’honneur nous est réservée, mais peu importe car nous serons à la table du roi et nous y serons appelés par notre nom.
La nouvelle humanité à laquelle nous invite ce royaume n’est pas le fait d’une performance virile, de la soumission à un chef ou d’une participation au pouvoir de quelques-uns comme le sous-tend l’idéal fasciste. Cette nouvelle humanité naît dans le partage, la confiance et l’amour.
Nous nous sommes retrouvés pour la sainte cène présidée par le pasteur Jean Raymond Staffacher secrétaire général de la Fédération Protestante de France. Jean Raymond nous a apporter un très beau message à partir de la finale du psaume 119. Une méditation qui récuse toute lecture légaliste de ce psaume. Car aimer la Loi ne donne aucun mérite à exhiber. C’est, au contraire, disait Jean-Raymond : « se tenir plus découvert devant Dieu. Plus exposé. Non pas du côté de la performance, mais du côté de la grâce qui vient chercher. Il y a ici de quoi nourrir notre contemplation de Carême. Le Christ n’est pas seulement celui qui accomplit parfaitement la Loi ; il est celui qui rejoint l’errance humaine. Il est le Juste, et pourtant il se tient du côté des perdus.Il ne se contente pas d’indiquer le chemin : il va chercher la brebis. La prière du psalmiste — « viens me chercher » — reçoit en Christ une réponse incarnée. Par Lui, Dieu ne demeure plus à distance de notre fragilité ; il entre dans nos chemins incertains, il assume la vulnérabilité humaine jusqu’à la croix ».
Cette méditation a été une très belle ouverture pour notre rencontre. Les communautés et communions membres de la FPF étaient bien représentées par Sœur Violaine pour les Diaconesses de Reuilly (sœur Anne nous a fait la joie d’être présente pour certains moments à cause d’une opération récente) , Andrée pour Penouël, Sœur Sylvie pour Moriah, Sœur Claudine pour les Diaconesses de Strasbourg à Strasbourg, et Sœur Salomé pour les Diaconesses de Strasbourg au Horodberg, Sœur Marthe Elisabeth pour la communauté de Pomeyrol, Patrick pour la fraternité spirituelle des Veilleurs, David pour l’Union de Prière de Charmes Sur Rhône, Pierre pour la communauté Rencontre, et je représentais Caulmont. Nous avons regretté quelque absences, Sœur Mireille et Marie de Goshen, notamment, que nous avons porté dans la prière. La page de nos ouvertures œcuméniques présente la plupart de ces communautés.
Des communautés invitées étaient également présentes : la communauté du chemin neuf avec Evelyne, la communauté Saint Nicolas de Strasbourg représentée par Stéphane, les orants de la réconciliation avec Violaine et Jean-François
Les frères et sœurs de Suisse étaient nombreux : Sœur Laurence de Saint Loup, Sœur Pascale de Grandchamp, Alexandre de la communauté Don Camillo, Martin des Focolari.
Nos rencontres peuvent être résumées en deux grands axes : la rencontre, le partage et le témoignages des uns et aux autres de l’évolution de nos vies et nos liens communautaires pour une part. Dans ce cadre nous avons reçu le directeur adjoint de la fondation des diaconesses de Reuilly qui est venu nous entretenir de la perception du lien entre les institutions et la communauté.
Une rencontre sur la paix :
D’autre part nous avons partagé une réflexion sur le thème de la paix. Nos méditations ont été conduites par Sœur Anne-Cathy du Chemin Neuf matins et soirs : la paix pour nos communautés, mais la paix aussi dont elles doivent être les témoins. Ce thème avait été fixé bien avant que la situation des guerres multiples que connaît la terre, s’aggrave encore ces derniers jours par le conflit au Moyen Orient. Anne Cathy nous a guidé dans cette réflexion à travers un parcours partant des Actes des Apôtres et remontant à l’institution de la Cène (dans l’évangile selon St. Luc) en passant par l’apparitions du Ressuscité aux disciples et à Thomas (dans l’évangile selon Jean). Je retiens de ce parcours notamment que la paix se trouve en travaillant sur nos différences non pas dans la défiance, mais dans l’émerveillement, sans avoir peur de la diversité qui est voulue par Dieu. Ainsi nous pouvons faire de nos différences des lieux d’hospitalité, où l’autre est accueilli sans condition.
En écho à cette réflexion et à nos rencontre nous avons partagé deux moments de détente. Un atelier artistique animé par Maryse Grousson sur le thème de la paix et dont la production collective se trouve ci-contre. Et la projection du film le festin de Babette.
Au bilan :
Une très belle rencontre 2026 des Dialogue et Recherche Communautaires !
Comment déconstruire le récit dominant de nos sociétés qui engendre injustices, crises et destructions ? Cette questions les auteurs la développent : « est-il possible de libérer la pensée moderne du cadre contraignant qui est le siens actuellement, pour qu’elle se déploie autrement ? Pour lui permettre d’entendre la douleur de la Terre et d’écouter la sagesse de ses porte-paroles ? Nous réencastrer dans la Terre et nous considérer désormais comme des êtres appartenant à la terre, pris dans le flux de la vie (expérience qui a été celle de nombreux peuples-territoires pendant des milliers d’années) : est-ce la solution ? » p. 109s
À travers l’émergence de multiples actions qui rendent visible le potentiel de la mise en relation, les auteurs nous invitent à penser la vie comme un tissus de relations. Un essai brillamment écrit à trois voix. Un livre qui ouvre plein de questionnements sur notre manière de vivre et sur nos liens les uns avec les autres ainsi qu’avec la création.
3ème lecture de carême après l’eau de la relève et la peste – et la genèse de J.B. Callicott.
Comment penser et percevoir autrement le monde, le vivant et nos relations ? Comment déconstruire le récit de “l’homme bioéconomique” qui engendre crises et destructions ? À travers l’émergence de multiples actions qui rendent visible l’extraordinaire potentiel de la relationnalité, les auteurs nous inviter à designer. “Designer de façon relationnelle veut dire créer en étant conscient de ce que nous sommes inextricablement liés les uns aux autres, à la terre et à un nombre infini d’entités non humaines. Et de ce que nous-mêmes sommes constitutivement relationnels. Nous sommes des réseaux complexes de relations composées d’esprits, de corps, de communautés, de savoirs, etc.” Ainsi Cette approche ouvre ainsi la voie d’une ontologie politique de la relation entre l’être, le devenir, l’habiter.