Comment déconstruire le récit dominant de nos sociétés qui engendre injustices, crises et destructions ? Cette questions les auteurs la développent : « est-il possible de libérer la pensée moderne du cadre contraignant qui est le siens actuellement, pour qu’elle se déploie autrement ? Pour lui permettre d’entendre la douleur de la Terre et d’écouter la sagesse de ses porte-paroles ? Nous réencastrer dans la Terre et nous considérer désormais comme des êtres appartenant à la terre, pris dans le flux de la vie (expérience qui a été celle de nombreux peuples-territoires pendant des milliers d’années) : est-ce la solution ? » p. 109s
À travers l’émergence de multiples actions qui rendent visible le potentiel de la mise en relation, les auteurs nous invitent à penser la vie comme un tissus de relations. Un essai brillamment écrit à trois voix. Un livre qui ouvre plein de questionnements sur notre manière de vivre et sur nos liens les uns avec les autres ainsi qu’avec la création.
3ème lecture de carême après l’eau de la relève et la peste – et la genèse de J.B. Callicott.
Comment penser et percevoir autrement le monde, le vivant et nos relations ? Comment déconstruire le récit de “l’homme bioéconomique” qui engendre crises et destructions ? À travers l’émergence de multiples actions qui rendent visible l’extraordinaire potentiel de la relationnalité, les auteurs nous inviter à designer. “Designer de façon relationnelle veut dire créer en étant conscient de ce que nous sommes inextricablement liés les uns aux autres, à la terre et à un nombre infini d’entités non humaines. Et de ce que nous-mêmes sommes constitutivement relationnels. Nous sommes des réseaux complexes de relations composées d’esprits, de corps, de communautés, de savoirs, etc.” Ainsi Cette approche ouvre ainsi la voie d’une ontologie politique de la relation entre l’être, le devenir, l’habiter.
3ème semaine de carême, nous poursuivons notre chemin de carême avec la lecture du livre du collectif Anastasis : Urgence évangélique. En fin d’article tu peux télécharger l’intégralité de ce chemin de carême.
L’extrême droite chrétienne n’hésite pas à mobiliser l’Evangile pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas. En particulier, elle interprète la notion de « prochain » comme opposée à celle de « lointain » pour lui faire dire qu’il invite avant tout à aimer ceux qui nous ressemblent. Aimer son prochain, ce serait alors aimer sa famille, ses voisins, sa patrie, avant d’aimer l’étranger et le différent. Le prochain serait celui qui partage avec moi des caractéristiques propres. Cette thèse dite de l’ordo amoris (ordre de l’amour), J.D. Vance l’a défendue avec assurance lors d’une interview exclusive à la chaine de télévision FoxNews, à la fin du mois de janvier 2025. C’était compter sans le fait que deux semaines plus tard, le pape François allait le contredire très explicitement, dans une lettre adressée aux évêques des Etats-Unis et largement relayée par les médias. Surtout, dès le début de la prédication en Galilée, le Christ insiste sur le fait que nul n’est prophète en son pays, car chaque prophète invite sa société à ne pas se fermer sur elle-même : Elie guérit une veuve étrangère, Elisée un lépreux syrien, et le Christ passera son temps à aimer les « autres » d’Israël, Samaritaine, centurion romain, publicain… dès le Sermon sur la montagne, l’insistance porte sur la nécessité d’un amour qui dépasse le cercle des proches : « si vous ne saluez que vos frères, que faites vous d’extraordinaire ? (Mt. 5, 47). Le prochain devient celui dont je me trouve être proche, dont j’ose me faire proche. Celui que je ne pensais pas aimer en priorité, un inconnu agressé et dont je croise la route, Zachée qui collecte les impôts pour l’envahisseur, la Syro-Phénicienne étrangère d’une autre religion, la prostituée dont la simple présence embarrasse. Qui est le prochain ? Celui auquel je ne peux m’identifier. Celui qui me déstabilise, dont le visage me « vise », comme l’écrit le philosophe E. Levinas, c’est-à-dire me trouble, m’empêche de rester moi-même, m’oblige à faire quelque chose, à commencer par lui parler. Le prochain est l’étrange qui me bouleverse. Aimer son prochain ne saurait certainement pas signifier n’aimer que ses proches, que ceux qui partagent avec nous les caractéristiques propres à un groupe, mais aimer celles et ceux que l’on rencontre indépendamment de leurs appartenances.
Urgence évangélique, p. 29-31
Résonance de carême :
Oser la proximité. Le prochain est celle ou celui dont j’ose me faire proche, c’est à dire celui ou celle que je rejoins en me transformant ou qui me rejoint pour me transformer. Nous avons bien souvent entendu la parabole du bon samaritain (Luc. 10, 29 à 37). Qui est le prochain de l’homme blessé au fond du ravin ? Demande Jésus. « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui », répondra le légiste auquel s’adresse en premier la petite histoire.
Mon prochain est celui ou celle dont j’accepte la bonté, c’est celle ou celui dont j’accepte les soins, celui ou celle auprès de qui j’ose reconnaître une dépendance. Celui à qui je peux m’identifier. Mais surtout, celui qui pour moi, quand je m’en approche, devient le lieu de la demeure de Dieu – sans pour autant l’idolâtrer. « Dieu, nul ne l’a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour, en nous, est accompli » est-il écrit dans la première lettre de St. Jean. Me laisser aimer et aimer celui qui se porte vers moi. Voilà l’accomplissement de la bonne nouvelle. Et à cet accomplissement : il ne doit pas y avoir de limites, de frontières, de barrière. Car à travers cet impératif ce qui se dit c’est que cette limite, quand nous la posons volontairement – par peur, pour nous protéger, ou dans un élan idéologique – cette limite est un autre nom pour désigner le « péché » ; la distance, la rupture, la séparation d’avec Dieu. Nous avons – humblement et dans la justice et l’amour – à oser une proximité sans frontière.
2ème lecture de carême : le n°10 de la revue la relève et la peste : Eau, publié en 2025.
L’eau vive est le thème retenu pour le prochain temps pour la création en septembre 2026. Aussi conseiller la lecture pour la dernière livraison de la revue de la relève et la peste sur le thème de l’eau me semble tout à fait indiqué.
Ce livre est présenté ainsi sur le site de l’éditeur :
« Notre livre Eau vous invite à prendre conscience que l’eau est à l’origine de toute vie sur Terre et qu’elle est aujourd’hui une ressource rare et menacée. Cette magnifique photographie le rappelle très bien. Sans elle, les cellules, les plantes et les êtres ne seraient pas apparus. Nous devons tout faire pour la protéger »
Un plus de sa beauté, j’ai particulièrement apprécié dans cet ouvrage l’article sur l’eau comme bien commun. Dans cet article Simon Porcher développe l’idée d’une empreinte-eau :
« Mieux connaitre notre empreinte-eau permet de comprendre à quel point nos modes de vie dépendent de ressources hydriques situées bien au-delà de nos frontières. Mais pour aller plus loin, il faut changer de perspective : l’eau n’est pas qu’une ressource locale qu’on hère pays par pays. C’est un bien commun global, au cœur des dynamiques écologiques, économiques et politiques mondiales » (p. 218)
2ème lecture de carême – après la 1ère lecture de carême : J.B. Callicott, la Genèse
Prière pour la paix rédigée ce 1er mars à la suite de déclenchement d’une nouvelle guerre :
Dans la prière nous voulons dire notre compassion Avec tous les enfants qui vivent les guerres de ce monde : Les enfants dont les maisons sont éventrées par les bombes Les bambins dont les familles sont déchirées par les deuils Les gamins dont les écoles sont pulvérisées par des explosions Les gosses soignés dans des centres de soins croulant sous l’affluence des blessés Dans la prière nous voulons dire notre compassion. Devant tous ces enfants, ces bambins, ces gamins, ces gosses, et devant Toi, Dieu Père, nous reconnaissons notre impuissance à les protéger et à leur garantir la vie à laquelle tu les appelles.
Dans la prière nous voulons dire notre colère Vis à vis de tous les adultes qui suscitent les guerres de ce monde : Les va-t-en-guerre qui renoncent à la paix comme si elle était une faiblesse Les politiques qui s’inclinent sans lutter avec les armes de la paix Les idéologues qui justifient et bénissent orgueil et volonté de puissance Les fanatiques qui encouragent et réarment les conflits quand ils pourraient s’apaiser Et chacun-e de nous quand nous renonçons à la paix. Dans la prière nous voulons dire notre colère. Devant tous ces salauds, et devant Toi, Dieu Père, Nous reconnaissons notre impuissance À vivre dans ce monde la paix à laquelle tu nous appelles.
Aussi dans cet élan prière, entre compassion et colère, nous voulons remettre entre tes mains l’avenir de toute ta création. Fais de chacun-e de nous des artisan-e-s de paix Donne nous d’agir et de militer pour que les enfants d’aujourd’hui ne deviennent pas les salauds de demain.
2ème semaine de carême, nous poursuivons notre chemin de carême avec la lecture du livre du collectif Anastasis : Urgence évangélique. En fin d’article tu peux télécharger l’intégralité de ce chemin de carême.
La foi chrétienne vise la mise en œuvre de la justice et de l’amour et ne saurait s’accommoder d’une conception dégradante du travail. De nos jours, rares sont les espaces où le travail apparaît comme une activité effectuée collectivement dans le but de cultiver et poursuivre l’œuvre créatrice de Dieu. Le capitalisme contraint les travailleurs et travailleuses à le servir et les jette au rebut lorsqu’il les considère défaillants. (…) La célèbre alternative présentée par le Christ – « nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Mat. 6, 24) – est tranchée par le capitalisme en faveur du second – et « payer ses dettes » devient un nouvel impératif moral. Désormais hégémonique, le monde de l’économie fait ainsi de nous ses esclaves et ses idolâtres tout à la fois. Dès lors, n’est il pas logique que nous soyons de plus en plus nombreux à être rongés par le sentiment de l’inutilité voire de la nocivité de nos activités professionnelles ? Plus les Etats se ruent dans la course à l’intelligence artificielle et abandonnent l’un après l’autre leurs engagements climatiques, moins nous osons prendre aux sérieux l’idée même d’un monde plus juste. Le cynisme s’impose comme la morale naturelle du capitalisme et le catastrophisme comme son eschatologie.
Pourtant, des formes économiques alternatives existent dans les interstices de notre époque, favorisant des relations justes et fraternelles et le respect des équilibres naturels, par exemple dans certaines structures organisées selon le principe de la propriété collective et animées par le désir de créer des œuvres utiles et bonnes. Ces formes peuvent s’appuyer sur le concept de « destination universelle des biens », très présent dans la théologie catholique : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes, de toutes les femmes, et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous selon la règle de la justice. Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne » (Compendium de la Doctrine sociale de l’église catholique n° 171). S’il existe bien une tragédie dans l’histoire humaine, c’est celle de l’absence de partage équitable des ressources et de la domination des riches sur les pauvres, non celle de la rareté supposée des biens telle que veut nous le faire accroire un certain malthusianisme libéral.
Urgence évangélique, p. 15 à 19
Résonance de Carême :
Aux puissances politiques et religieuses le monde économique ajoute un vernis qui fait croire que chacun-e pourrait trouver sa place dans notre monde. Un faire croire cynique, plein d’élan d’exploitation et de domination, dans lequel chacun-e n’a pas le choix. Dans une perte de sens assez tragique, le « travailler pour vivre » se brouille avec le « vivre pour travailler ». Par exemple quand dans une même entreprise les écarts de rémunération se creusent entre les ouvriers et les cadres, entre les hommes et les femmes, la tentation est grande de combattre les inégalités plus que le système du salariat qui justifie ces écarts. Oui, nous sommes à la fois les esclaves et les idolâtres d’un système cynique . Et certains croyants vont jusqu’à en envisager ce système avec les couleurs de la foi comme le fait l’évangile de la prospérité aux Etats Unis : si je gagne plus que toi, c’est signe d’une volonté divine…
Non ! Dieu a donné la terre à toute l’humanité. C’est bien ce don qui devrait fonder notre rapport au monde. Plus qu’une colère, ce non peut se dire en chanson ! J’entends alors le refrain du père Hubert Spitz , Donne ce que Dieu te donne : « Puisqu’il y a ton soleil, des fleurs qui t’émerveillent, du pain à partager, des larmes à essuyer, des fruits à récolter, des nuits à éclairer, des joies à découvrir, des sourires à offrir, Donne ce que Dieu te donne ». Donner à chacun-e les moyens de vivre, ne devrait pas être une utopie ou un doux rêve.
Le don ouvre une brèche dans le système de la propriété, du capitalisme et de la domination économique, pour ouvrir un au-delà. On pourrait alors, par exemple, ouvrir toute la philosophie de Jacques Derrida pour lire que dans le don se dit quelque chose de la justice (rendre la justice c’est donner à quelqu’un ce qu’il a déjà) et de l’amour. Le partage du royaume se fait alors pour Jésus entre celles et ceux qui ont su donner. Donner à manger, à boire, un toit, un vêtement, une visite… qu’importe. Qu’importe car dans le don il ne s’agit pas d’être performant. Mais en donnant, ces participants du royaume se sont échappés de la logique du monde pour partager la logique de la justice et de l’amour. Donner à toutes et tous les moyens de vivre.
CRAC de février 2026 quelques nouvelles par Nadège et Nicolas :
Pour bien commencer la nouvelle année les responsables des associations de Caulmont se sont réunis samedi 21er dimanche 22 février chez Sophie et Alain à Saint Vérand pour Sophie, Nicolas, Nadège, Axelle et Benoit et en Visio pour Aurelie, David, Myriam et Bernard.
Du fait du calendrier des vacances scolaires, les séances ont été plus courtes mais intenses et ont permis d’avancer sur la préparation de la fête du 5 juillet, vous avez bien lu c’est la date définitive, les travaux et continuer à faire vivre la Communion à travers les différents outils de communication.
Pour la fête, nous avons réfléchi à proposer des activités permettant la collaboration concrète de tous à l’élaboration de l’accueil et il y aura des surprises, nous pouvons déjà vous dire que la vitrailliste de Tence sera de la partie. Des temps seront pensés pour chacun : chants, prières, jeux pour petits et grands, barbecue etc
Nous sommes ravis des retours du compte Facebook nouvellement ouvert, déjà plus de 250 « amis ». Mais aussi des compte sur Mastodon et Bluseky très actifs également.
Cette visibilité accrue de Caulmont se traduit déjà par plusieurs visites et rencontres. Ainsi, Benoit participera début mars aux Dialogues et Rencontres des Communautés – DRC – de la Fédération Protestante de France qui auront lieu à Versailles début mars. Il a également été invité à la rencontre nationale des délégués pour l’Unité des Chrétiens de la conférence des évêques de France, en fin du mois de mars ; ou encore il animera un office œcuménique de jeudi saint au foyer mission populaire évangélique de la Duchère à Lyon
Voilà pour ces quelques nouvelles d’un CRAC sous le soleil – enfin – du Beaujolais. Merci encore à nos hôtes pour ces délicieux repas et l’accueil.
1ère lecture de carême : John Baird Callicott, Genèse – la Bible et l’écologie, Editions : Wildproject Domaine Sauvage, 2009
Ce petit livre de moins d’une centaine de pages offre une lecture du texte Biblique de la création. Cette lecture veut fonder une éthique environnementale s’inspirant du judéo-christianisme pour aujourd’hui. J.B. Callicott est résolument positif et il développe une éthique de la citoyenneté au sein de la communauté biotique. Ainsi l’humain n’a pas a entretenir une position de domination sur la création. Mais il est invité à se penser comme citoyen du monde : au même rang que tous les êtres vivants.
« Une humanité technologique et civilisée est non seulement capable de coexister pacifiquement, mais aussi de vivre en symbiose avec la nature. Notre civilisation mécanique et technologique actuelle est-elle la seule envisageable ? La mise en réserve de la nature est-elle la seule manière de mener à bien l’objectif de conservation ? Ne pourrions-nous pas être de bons citoyens de la communauté biotique, qui sachent tirer de la nature les ressources d’une vie honnête et restituer autant voire plus qu’ils ne puisent ? Nous ne retrouverons pas le paradis perdu ni l’innocence qui nous caractérisait à l’ombre de ses arbres, mais peut-être pouvons-nous coopérer avec la nature pour convertir le désert industriel en un jardin planétaire autonome et sain, dont nous pourrons être fiers ».
En résonance avec cette lecture tu peux consulter la page création de ce site
1ère lecture de carême, chaque dimanche durant le carême un livre partagé pour nourrir la réflexion…
Début du carême, mercredi des cendres, nous commençons notre chemin de carême avec la lecture du livre du collectif Anastasis : Urgence écologique. En fin d’article tu peux télécharger l’intégralité de ce chemin de carême.
Mercredi des cendres, 18 février 2026 :
L’Evangile appelle à aimer Dieu et son prochain. Or les figures du prochain que Jésus donne en exemple sont toujours des personnes marginalisées : les pauvres, les veuves, les étrangers, les prisonniers, les prostituées, les collecteurs d’impôts, les lépreux… A partir d’une fréquentation des exclus, la vie du Christ a consisté à faire advenir une société où toutes et tous puissent prendre place. A sa suite, notre vocation est d’imaginer les structures collectives capables d’une telle transformation sociale. Comment devenir fidèle à cet appel et comment le laisser saisir toute notre existence ? Comment mettre en œuvre les conditions d’une vie et d’une politique dignes de cette espérance, alors même que la catastrophe écologique engendrée par le capitalisme remet au goût du jour l’idée de fin du monde et que partout s’imposent les logiques de l’exclusion et de la loi du plus fort ?
Il n’y a pas d’alternative, la foi chrétienne sera du côté de la révolution de l’amour et de la justice ou elle ne sera pas. Une telle affirmation sonnera peut-être comme une rêverie idéaliste aux oreilles de certaines personnes… A celles-là nous répondons que c’est le Christ lui-même qui ne cesse de nous appeler à la justice et à l’amour, donc que nous n’inventons rien en affirmant que la foi nous y dispose. Jamais Jésus ne prend prétexte du péché humain pour nous conseiller une voie moyenne. Au contraire, il nous offre la foi comme une vertu à cultiver, d’où naît le désir de la communion universelle.
Urgence évangélique, p. 10 à 12
Résonance de Carême : Ces premières lignes du manifeste d’Anastasis m’ont fait penser à la vision d’Anaphora qui à mon sens porte le même discours avec un autre vocabulaire. Le métropolite Amba Thomas, prêtre orthodoxe fondateur de la communauté Copte orthodoxe d’Anaphora, près du Caire, écrit ceci : « Je n’aime pas du tout le mot « étranger » ! Pourquoi serais-je « étranger » pour vous ? Pourquoi ?! À Anafora on ne demande jamais aux personnes de quelle religion ou de quelle église elles viennent. C’est la culture, la politique qui désigne l’étranger. Mais pour moi vous êtes les mêmes humains que moi… Ce qui dessine les frontières entre les états, c’est toujours la guerre ou l’armée, mais ce n’est certainement pas Dieu. Dieu donne toute la terre à tous les hommes pour y vivre dans le respect, dans l’honneur, dans l’amour mutuel. C’est cela le chemin de Dieu – qui n’est pas celui de la culture, de la politique ou de l’état – et qui toujours unit la justice et l’amour. Cela est d’autant plus important, que dans le monde politique comme dans la société cela n’est jamais le cas : c’est toujours soit l’un soit l’autre… Mais en Christ, justice et amour sont unis ». (https://unitechretienne.org/la-vision-danafora/) Ce que dit Amba Thomas, en ayant bien conscience que certains considèrent cela comme une « rêverie idéaliste », c’est l’évangile comme faisant l’unité de la justice et de l’amour. Une révolution pour le monde et nos sociétés. « L’aurore de l’Eternel » sur toute l’humanité pour le prophète Esaïe. La foi chrétienne affirme l’humanité une : créée, aimée, libérée par Dieu. L’évangile appelle à aimer Dieu et son prochain car la lumière reçue de Dieu ne peut que rayonner comme une communion d’amour. Cette communion d’amour n’a pas de fin. Ainsi, durant ce carême le chemin de Dieu cette année prend une couleur interreligieuse même puisque l’Islam se fait notre prochain en ouvrant le ramadan aujourd’hui. Dans notre chemin vers Pâques cette unité de la justice et de l’amour se donne comme une direction, une voie à suivre. Le carême est un cheminement. Cette unité de la justice et de l’amour montre le vendredi saint avec toute la force de résistance de notre monde. Mais elle ouvre aussi, déjà, vers l’aube pascale. Christ est vainqueur !
Ce mercredi, le carême va s’ouvrir, l’occasion d’une petite méditation sur le sens du carême :
Marche vers le vendredi saint, marche vers la crucifixion puis vers Pâques, le carême est une mise en chemin vers la mort donnée et vers la résurrection promise.
Cette marche est présente dans le texte évangélique. Ainsi, dans l’évangile selon Marc, à trois reprises Jésus annonce sa mort à ses proches au chap. 8, 9 et puis au chap. 10 : « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes. Ils le condamneront à mort et le livreront aux païens, ils se moqueront de lui, ils cracheront sur lui, ils le flagelleront, ils le tueront et, trois jours après, il ressuscitera ». Ces annonces sont trois paroles de Jésus par lesquelles il dit explicitement ce qui l’attend.
Mais en fait l’évangéliste Marc souligne la tension vers la mort dès le commencement de son évangile. Ainsi, au chap. 1, Marc affirme que Jésus prend la suite de la prédication du Baptiste après que Jean eut été livré. Dès le commencement nous savons que l’annonce du Royaume ne va pas sans péril. Ensuite, l’appel des disciples par Jésus entraine rapidement la confrontation avec les pharisiens et les disciples de Jean (chap. 2, v. 18s). Assez vite également, Jésus constate le silence et l’endurcissement du cœur d’une partie de son auditoire (chap. 3, v. 5). Bref, dès les commencements de sa prédication la tension est présente et la tension montera au fur et à mesure que Jésus se dirigera vers Jérusalem.
Une vie menacée
Une vie menacée : c’est ce que disent cette tension grandissante et ces annonces répétées trois fois de la passion. Cette menace est à souligner d’autant qu’à notre époque et dans notre occident, nous tentons désespérément et par tous les moyens – idéologiques, techniques et cosmétiques – d’effacer la mort tant que nous sommes vivants.
L’idéologie capitaliste libérale du profit et de la croissance ne supporte pas la limite, elle préfèrera détruire nos consciences et anéantir le vivant que limiter le profit de quelques uns. La technique – notamment dans sa consommation énergétique – se fait dévorante et menace là encore le vivant mais nous n’y renoncerons pas. Cosmétique enfin notre idolâtrie prend les contours d’un jeunisme qui veut gommer les effets du temps sur les corps quitte à les pourrir d’un tas de polluants, et pourtant nous les connaissons tous, ces effets du temps. Pour parler clairement : si cette folie idéologique, technique et cosmétique peut avoir les traits de Trump outre-atlantique, elle prend l’aspect de l’extrême droite ici.
Face à cette désespérance idéologique, technique et cosmétique, l’évangile nous invite à vivre en conscience le fait que la vie est menacée. C’est ainsi que peuvent s’entendre et le climat de tension créé par l’évangéliste Marc et les annonces de la passion. Renoncer à la folie, et assumer le fait que la vie est menacée et que pourtant c’est dans cette vie-là que nous sommes invités à entendre la prédication du Royaume et à en vivre. La bonne nouvelle est pour cette vie-là et non pour un au-delà. C’est dans cette vie-là que nous sommes invités à guérir de nos maladies, de nos impuretés, de nos possessions. C’est par cette vie-là que que nous pouvons nous engager dans la foi et la suivance après Christ. Et c’est bien cette vie-là, cette vie menacée qui est appelée à la résurrection.
Rappelons nous que cette vie menacée nous la partageons avec toutes les créatures. François d’Assise déjà rappelait le lien tissé dès la création avec nos « frères » et nos « sœurs » du monde naturel. Un des défis de l’éco-spiritualité est bien de sortir de l’anthropocentrisme. Comme si nous étions les seuls vivants. Si dans Adam les hébreux entendaient adama : la terre, la glèbe – dans humain nous pouvons entendre l’humus – cette couche du sol dans laquelle la mort – avec la décomposition organique – se conjugue à la vie. Trait d’union avec tout le vivant, nous sommes porteurs de la même vie. Rappelons-nous que le premier récit de la création nous dit que l’humain a été créé le même jour et dans le même mouvement que tout le monde animal.
La promesse de la résurrection
Avec tout le vivant nous partageons cette vie menacée, et du coup, avec tout le vivant nous partageons la promesse de la résurrection ! Soulignons-le : la résurrection n’efface pas la mort, elle n’est pas un espoir de survie qui nous permettrait d’échapper au temps qui passe. Dans les annonces de la passion, si Jésus parle de la résurrection il n’atténue en rien la menace qui pèse sur lui : souffrance, rejet, moquerie, etc., il va mourir. Mais la résurrection dit l’éternité du lien avec Dieu, un lien qui nous englobe sans division entre corps et âme.
Nos vies ne se réduisent pas à nos envies, nos projets, nos vœux, nos profits ou à nos corps et nos relations. Notre histoire nous dépasse toujours. Avant de naître nous étions dans les projets de Dieu, dans son désir, dans son amour. Au moment de mourir son amour donné en partage sera plus fort. Cela est vrai pour l’humain, mais cela est vrai pour l’ensemble du vivant. Alors nous comprenonslLa résurrection comme l’achèvement de la création. C’est l’entrée dans une plénitude de vie dont nous ne vivons aujourd’hui que la promesse ou « les prémices » écrivait l’Apôtre Paul. L’œuvre que Dieu dans sa tendresse a commencé, ici avec nous et avec tout le vivant, sera conduite à son accomplissement.
Alors, si le carême est une mise en chemin vers la mort donnée et vers la résurrection promise, une mise en chemin avec Christ, avec nos sœurs et nos frères, que nous puissions vivre ce cheminement non pas dans la peur, mais dans cette tendresse de Dieu et dans son amour. Un amour pour nous et pour tout le vivant. En marchant dans cet amour, nous laissons l’évangile être force de résurrection, de relèvement, de libération et d’insurrection, et au terme de cette marche nous pourrons chanter encore : Alléluia ! Christ est vainqueur !
mare en hiver
Après cette méditations sur le sens du carême, sur le site de Caulmont chaque dimanche sera publié un conseil de lecture pour le temps du carême et chaque mercredi une méditation.
La lettre de nouvelles de Church and peace pour ce début d’année 2026 nous est parvenue. Alors on la partage ci-dessous dans son intégralité.
Dans cette lettre de nouvelles, à lire notamment un article sur la guerre en Ukraine d’Andrea Shalay qui soutient des organisations œuvrant pour la paix. Elle est engagée bénévolement depuis 2021 aux côtés d’Ukrainiens. Elle vit à Oujgorod, en Ukraine, où elle enseigne la peinture sur œufs comme méthode de promotion de la santé mentale et apprend à peindre des icônes. Voici un extrait de ce qu’elle écrit :
La mort causée par la guerre n’est pas le pire : beaucoup disent que la guerre doit être arrêtée à tout prix parce qu’elle tue des gens. Selon des estimations les plus généreuses, le nombre de victimes de quatre années de guerre représente moins d’un huitième des victimes de deux années de famine soviétique. La population ukrainienne déteste la guerre, mais la majorité préfère empêcher activement que ses enfants et petits-enfants ne subissent l’asservissement, l’oppression systématique et le génocide. La chose la plus dangereuse que nous pourrions faire serait de prétendre que ces lacunes n’existent pas et de ne pas faire tout ce qui est en notre pouvoir pour y remédier. La paix est créative, dynamique et adaptable. La situation mondiale actuelle ne prouve donc pas que la paix ne peut pas fonctionner, mais plutôt que nous devons faire davantage pour développer un système qui offre la paix, la justice et la sécurité à tous. Tant que nous ne parviendrons pas à créer un cadre et à instaurer un sentiment de confiance et de sécurité, la défense militaire et la dissuasion resteront probablement la solution standard.
Voici la lettre de nouvelles de Church and peace dans son intégralité :