Quelle est notre espérance ? Méditation

Quelle est notre espérance ? Méditation prononcée au Moûtier St. Voy lors de l’office de Ste Cène chez les sœurs diaconesses de Reuilly ce jeudi 24 septembre – durant le temps pour la création.

Je retrouvais hier cette citation de Charles Wagner dans l’ami :

« L’homme de foi voit le chaos, l’injustice de la vie, l’impassible brutalité des lois naturelles. Mais il ne se résigne pas à la sentence de la Fatalité aveugle. Les vestiges de l’Esprit qu’il sent en lui l’empêchent de s’abandonner et de se soumettre.  S’il est plongé dans la nuit, assailli par la tourmente, la boussole l’empêche de se désorienter. Il n’admet pas que la cause soit jugées et reste sans appel. Sous le coup même qui l’assomme et semble péremptoire, il dit : « je maintiendrai ! ».  Au fond, écrit Wagner, la foi c’est l’audace poussée jusqu’à l’infini : « Notre foi c’est la victoire qui a vaincu le monde » écrit-il pour clore ce passage, en citant la première lettre de Jean. 

« Notre foi c’est la victoire qui a vaincu le monde ».

La foi c’est l’audace poussée jusqu’à l’infini. Mes Sœurs, quelle est notre espérance ? L’espérance : qu’avons-nous à attendre ? Quel élan nous pousse à croire que demain sera meilleur ou au moins aussi bon qu’aujourd’hui ? Quelle est la source du « je maintiendrai » de Wagner  ? Qu’est-ce qui nous permet d’accueillir l’avenir en confiance? Qu’est-ce qui nous permet aujourd’hui de pousser l’audace jusqu’à l’infini ? 

C’est cette question – quelle est notre espérance – que j’entends ce soir avec vous mes sœurs avec vous. C’est cette question qui pour moi sous-tend ce passage de l’évangile. 

Alors cette question n’est pas posée directement dans le texte biblique. Il y a une autre question écrite et que nous avons entendu : 

« Es-tu celui qui doit venir où devons nous en attendre un autre ? »

Cette question ce sont les disciples du Baptiste qui la posent. Il ne la posent pas d’eux-mêmes, il sont envoyés par leur maitre pour interroger Jésus. Es-tu celui qui doit venir ? 

Celui qui doit venir c’est le messie. C’est le messie de Jean le Baptiste, le cœur de sa prédication  : « moi je vous baptise d’eau mais il vient, celui qui est plus fort que moi, proclamait Jean, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales/ Lui il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu, il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire… etc. » 

Celui qui doit venir c’est ce Messie qui vient accomplir la justice. Voilà l’espérance de Jean le baptiste. Voilà cette figure qui concentre l’espérance de tout Israël. Voilà celui qui permet à Israël de supporter l’occupation romaine et qui permet au peuple élu d’accueillir l’avenir avec confiance malgré toute épreuve. 

Car oui l’espérance messianique est un élément intégrant de la religion Juive du premier siècle : les prières officielles anciennes contiennent des supplications d’ordre messianique; nous rencontrons en Philon et en Josèphe, des historiens juifs du premier siècle, des traces évidentes de leur foi intime en une restauration nationale future ; la littérature religieuse, aujourd’hui appelée apocryphe,  même quand il ne s’agit pas d’apocalypses, contient des textes messianiques.  

Ainsi si nous constatons dans le Nouveau Testament que le peuple était alors travaillé par une intense attente messianique ; attente et fermentation qui expliquent pourquoi les agitateurs, si nombreux à cette époque, ont si facilement recruté des foules d’adeptes enthousiastes : ils se donnaient et on les prenait pour le Messie attendu. 

« Es-tu celui qui doit venir où devons nous en attendre un autre ? »

Si nous ne savons pas pourquoi Jean le Baptiste pose cette question, quelle que soit l’intention de Jean le Baptiste, nous devons comprendre que pour le Baptiste, il n’y a pas d’évidence. Cette question, du fait même qu’elle soit posée, nous informe que Jésus ne ressemblait pas complètement au messie attendu à cette époque. Sans faire du Baptiste le saint patron des DRH en matière de Messie, pour lui le « cahier des charges » du Messie était plutôt : rassembler les différents groupes juifs et mettre au point une stratégie pour se libérer du joug romain. Le devait être reconnu comme envoyé par Dieu grâce à son charisme et à sa connaissance de la Torah.

Alors, certes, Jésus connaît les Écritures – et ici il cite largement le prophète Esaïe -, mais, pour le reste, il ne correspond pas au profil annoncé par le Baptiste. Quand bien même nombreux sont celles et ceux touché-e-s par sa parole ; de là à être catégorique sur le fait qu’il est le Messie, il y a un pas à franchir.

Alors Jésus répond par un autre élément de la figure messianique, annoncé par le prophète Esaïe : la puissance de Dieu rend la vue aux aveugles, fait entendre les sourds, bondir les boiteux, parler les muets et libère les captifs. Les guérisons et les signes accomplis par Jésus témoignent que sa puissance vient de Dieu. Ces guérisons et ces signes sont autant de marqueur d’une espérance vivante qui transforme le vivant. 

« Es-tu celui qui doit venir où devons nous en attendre un autre ? »

Oui, cette question posée par Jean le Baptiste est bien celle de l’espérance. : Quelle est notre espérance ? 

Le pasteur Charles Wagner écrivait « je maintiendrai » : « la foi c’est l’audace poussée jusqu’à l’infini : « Notre foi c’est la victoire qui a vaincu le monde » «  

C’est cette victoire sur le monde que j’entends dans l’espérance vivante de Jésus quand il cite EsaÏe : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent doit, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. 

quelle est notre espérance ? méditation au moutier St Voy

Bien entendu, me direz vous, depuis Jésus il y a encore des aveugles, des boiteux, des lépreux, des sourds, et toutes et tous nous passeront par la mort. Mais l’espérance nous invite à regarder le monde autrement, regarder nos sœurs et nos frères autrement. Espérer ce n’est pas pas relativiser la souffrance de nos existences mais c’est bien les regarder en face, et reconnaître que c’est là, que doit se dire notre foi comme audace jusque’à l’infini et comme victoire malgré la mort. « Je maintiendrai » écrivait Wagner : combattre la résignation par l’amour. 

Combattre la résignation par l’amour, combien il reste des aveugles, des boiteux, des lépreux et des sourd… ou plus justement : combattre la résignation par l’amour car il nous reste des frères et des sœurs malades, qui ont besoin de notre espérance. Combattre la résignation par l’amour, voilà ce qu’est notre espérance – une espérance qui est de l’ordre du combat. Une espérance qui n’est pas un sentiment individuel et personnel, mais qui nous fait participer au Christ vivant, à son audace poussée jusqu’à l’infini, à sa victoire. 

J’en étais arrivé là de la préparation de cette méditation quand hier après midi une certaine agitation s’est déployée dans le hameau normalement si tranquille de Hugons. Des voitures, des sirènes, des gyrophares.  Bientôt une odeur de brûlé. Un feu venait de se déclarer aux Vastres, derrière le Soutour à quelques kilomètres de la maison. Un incendie de broussailles et de forêt. Aujourd’hui nous avons appris que seulement 2 hectares avaient brûlés grâce à l’intervention des pompiers. Et au même moment un autre feu se déclenchait dans une propriété de St Clément. 

Notre monde n’a pas fini de brûler.

Notre maison brûle, on le sait et on le répète. Aussi je me suis interrogé, à nouveau,  quelle est notre espérance ? 

Face à la création qui souffre, face à cet été de sécheresse et de sec qui se poursuit par un automne aussi aride ? Dans ce mois de septembre que vous avez ouvert, mes sœurs à St Voy, qui est le temps pour la création, un temps centré sur la vision d’Ezechiel de la source d’eau vive qui du temple de Jérusalem devient source de résurrection pour toute la mer morte. 

De la même manière espérer ce n’est pas rêver d’être emmenés sur une nouvelle planète. Le royaume n’a pas d’autre monde que le notre pour être établi et et être partagé. Espérer c’est faire face aux souffrances de la créations, au réchauffement climatique et à l’effondrement de la biodiversité ;  les regarder en face – tous ces périls qui sont déjà là. Et reconnaître que c’est là, que doit se dire notre foi comme audace et comme victoire. « Je maintiendrai » Combattre la résignation par l’amour. 

« Es-tu celui qui doit venir où devons nous en attendre un autre ? »

Quelle est notre espérance ? 

Je termine par le commencement. L’espérance commence au coeur de chacune de nos existences. Le Christ vient nous donner sa paix, il pardonne nos errances et il nous appelle à vivre au plus profond cette espérance. C’est le sens de la cène que nous allons célébrer. Partageant le blé transformé dans le pain et le fruit de la vigne pressé dans la coupe nous recevons le Christ vivant comme force pour vivre avec lui l’audace et la victoire. Face au mal, aux maux qui marquent nos vies, au mal qui fait souffrir la création. 

Oui, les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent doit, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres – Mais cette joie de l’évangile, si nous la partageons, elle est pour nous. Toute cette joie de l’évangile nous est donné dans le Pain et le vin pour chacune de nos vies. 

Au fond, écrit Wagner, la foi c’est l’audace poussée jusqu’à l’infini : « Notre foi c’est la victoire qui a vaincu le monde »

Voilà ce qui peut nous pousser à croire que demain sera meilleur ou au moins aussi bon qu’aujourd’hui, voilà ce qui peut nous permettre d’accueillir l’avenir en confiance. Le christ fait route avec chacune, chacun d’entre nous, au plus profond de nos vies. Joie de l’évangile, oui. 

Il est lumière du monde. C’est vrai.

Pour écouter l’office du moutier c’est par ICI – sélectionner sur la page : Office du 24/09/2026 15 h. 50

Vous pouvez retrouver d’autres textes et méditation ICI sur le site Internet.

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