5ème semaine de carême, nous poursuivons notre chemin de carême avec la lecture du livre du collectif Anastasis : Urgence évangélique. En fin d’article tu peux télécharger l’intégralité de ce chemin de carême.
Au premier siècle de notre ère, la Judée était sous le joug de l’Empire romain ; les juifs attendaient désespérément un messie qui les libèrerait et instaurerait un royaume théocratique. Ainsi, lorsque Jésus surgit et annonce que « les temps sont accomplis, que le royaume de Dieu est proche » (Mc. 1, 14), ses disciples lui posent la question : « es-tu celui qui doit venir où devons en attendre un autre ? » (Mt. 11, 2-11). Or, loin de chercher à instaurer un quelconque pouvoir institutionnel, Jésus prend la tangente et préfère sillonner la Galilée. D’un village à l’autre, le jeune rabbi manifeste l’inouï. Par ses paroles et par ses actes, il ouvre un monde dans lequel toutes les dominations sont abolies : possédés, lépreux, prostituées, veuves, minorités opprimées, collecteurs d’impôts, vagabonds, centurions romains… Les voilà libérés de l’exclusion où ils se trouvent enfermés, rendus à la vie, relevés. Les derniers seront les premiers : telle est la bonne nouvelle du royaume, qui jaillit, ici et maintenant, dans le présent, pour le renouveler. Le royaume advient ainsi à travers les actes de libération et d’amour que le Christ pose et qui « s’adresse à ceux qui sont affligés de divers maux et enfoncés dans la misère ou la marginalité » (F. Odinet). La théologie de la libération a bien perçu ce point, elle qui n’a cessé d’annoncer la possibilité, la proximité et l’urgence du Royaume, affirmant que Dieu règne « pour transformer une réalité socio-historique mauvaise ou injuste en une autre qui soit bonne ou juste » (J. Sobrino). Mis en œuvre concrètement, bouleversant toutes les bienséances, l’amour du Christ révèle à ceux – raisonnables, sachants, responsables religieux – qui parlent de lui sans le mettre en pratique l’étendue de leur médiocrité. Rapidement, les autorités religieuses s’alarment des propos de ce Jésus et cherchent à le faire mourir. La Croix sur laquelle il finit cloué confirme le paradoxe : l’annonce du Royaume ne signifie pas la conquête du pouvoir mais elle a une portée politique car elle ébranle les modes de vie majoritaires, les structures de pouvoir et tout l’ordre social.
Urgence évangélique, p. 40-42

Résonance de carême :
Depuis la sortie d’Egypte, la Pâque c’est d’abord le passage de l’esclavage à la liberté, l’acte même de la libération, le dynamisme qui fait sortir du pays de servitude pour monter là où coulent le lait et le miel. « Notre Dieu est délivrance, il se lève, il nous sauve, il est le Dieu de notre histoire, que les peuples lui rendent gloire » chante Noël Colombier.
Ce passage de l’esclavage à la liberté, cet acte de libération, ce dynamisme est marqué par la croix du Christ. La couronne d’épine redouble dans le sarcasme, la royauté du Christ affirmée à la croix par l’écriteau placé à son sommet.
La libération n’est pas triomphale, mais elle passe par la mort pour dire dans l’amour une vie triomphante. Le théologien J.D. Causse écrivait : « Dieu se révèle là où nul ne songe à le chercher et à le reconnaître, sous les traits d’un homme mis en croix, faible et méprisé, qui paradoxalement est force de salut » (la croix, représentations théologiques et symboliques, Labor & Fides, 2004, p. 134). Le Christ est roi et Dieu se révèle comme élan de vie. Voilà les fondements de notre libération. Croyant-e-s nous ne sommes soumis à aucun pouvoir, à aucune puissance, car « rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ ».