Une réflexion sur la création aujourd’hui. Dans ce temps pour la création nous partageons un extrait du pasteur André Gounelle sur le thème de la création tiré de son livre « Penser la foi, pour un libéralisme évangélique ». Le pasteur André Gounelle a été professeur de théologie systématique à la faculté de Montpellier de l’Institut Protestant de Théologie. Il est décédé au printemps 2025 :
Pour organiser le monde, faire naître du nouveau et créer Dieu parle. La Genèse insiste sur ces « dires » de Dieu, qui rythment le chapitre premier et marque le début de chaque journée ou de chaque étape de la formation du monde. Dieu crée en parlant. La parole présente deux caractéristiques. D’abord, elle implique une altérité. On parle à quelqu’un, à quelque chose et non pas à rien ni au vide. Ensuite, la parole cherche à obtenir un consentement. Elle sollicite un accord. Elle agit en persuadant, elle ne comptera pas (sauf quand on a dévoie). Elle est vocation, elle appelle et sollicite une liberté.
Quand Dieu prend la parole pour créer le monde, à qui s’adresse-t-il ? Évidemment, à cette réalité initiale, ténébreuse et marécageuse que la Genèse nomme tohu-wa-bohu. Il lui suggère de changer ; il lui assigne des objectifs : devenir jour et nuit, terre et eau, végétal et animal, etc. En évoquant une possibilité auparavant inaperçu, la parole de Dieu fait naître dans ce chaos confus est inerte un désir ; elle provoque un frémissement. Le magma initial entend l’interpellation de Dieu, y réagit positivement, et la lumière jaillit. Il n’est pas écrit « Dieu fit la lumière », mais : « Dieu dit que la lumière soit. Et la lumière fut. Et Dieu vit que la lumière était bonne. » Dieu prend la décision de parler ; l’initiative lui appartient ; s’il se taisait, rien ne se passerait. Le Chaos l’entend, lui obéit et, comme Dieu le lui demande, il produit la lumière. Et Dieu constate que le chaos a su saisir la possibilité qu’il offrait et répondre à la vocation qu’il lui adressait. Les v. 11 et 12 indiquent bien ce processus : « Dieu dit : que la terre se couvre de verdure, d’herbe porteuse de semences, et d’arbres fruitiers (…) et la terre produisit de la verdure, de l’herbe porteuse de semences et d’arbres donnant du fruit ». Le philosophe et théologien américain Lewis Ford commente : « la parole, une fois dite, réclame une écoute. Elle a besoin d’un être, humain ou non, qui soit capable de répondre. Quand Dieu dit « que la terre se couvre de verdure », nous devons comprendre que la végétation qui apparaît est la réponse de la terre à l’objectif désigné par Dieu ». Goethe parle d’un « puissant effort de l’univers » pour que surgissent les réalités. Bergson souligne que Dieu crée en rendant créateur.
Les trois temps :
Dans Genèse I l’acte créateur connue et combine trois facteurs : un passé, un futur et un présent.
D’abord un passé. Il part d’une situation qui constitue un héritage ; il utilise des données fournies par ce qu’il avait antérieurement. Le chaos symbolise ce quelque chose qui précède. Loin de l’annuler et de le rejeter, l’acte créateur le prend en compte et le transforme.
Ensuite un futur. La parole divine suggère un avenir différent du passé. Elle ouvre des perspectives inédites. Elle indique un but, un objectif à atteindre. Elle suscite une vision qui aimante et mobilise, qui met en route un processus. Sans la parole divine, rien ne bougerait ni n’arriverait. Le chaos resterait vaseux, marécageux, obscur, confus, indécis et stérile. Le statu quo continuerait indéfiniment si Dieu ne prenait pas l’initiative de parler pour l’orienter vers autre chose.
Enfin, un présent. La parole qui ouvre un avenir se dit dans une présent et s’adresse à un donné qui se trouve là au moment où elle retentit. Il lui faut y trouver un écho, y rencontrer un consentement, y susciter une décision. La création en se fera que si présent s’arrache au passé, réagit à ce que Dieu dit, accueille sa suggestion. (…)
Le récit de la Genèse fournit un modèle qui permet de comprendre comment Dieu agit à toute époque et en toutes circonstances. Aujourd’hui, comme il l’a fait autrefois et comme il le fera dans l’avenir, il oeuvre pour une nouvelle création et il invite les humains à devenir de nouvelles créatures. Selon une parole de l’Apocalypse, reprise du prophète Esaïe, dieu est celui qui fait « toutes choses nouvelles ». Pour le croyant biblique, la création ne représente pas un passé lointain et fondateur ; elle est une réalité présente et une tâche actuelle. A chaque instant, la parole divine fait surgir de l’inédit dans sa vie et dans le monde. Dieu ne cesse de créer et d’appeler à devenir ouvriers avec lui.

André Gounelle, Penser la foi, pour un libéralisme évangélique, Van Dieren Ed., p. 97s
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