3ème semaine de carême

3ème semaine de carême, nous poursuivons notre chemin de carême avec la lecture du livre du collectif Anastasis : Urgence évangélique. En fin d’article tu peux télécharger l’intégralité de ce chemin de carême.

L’extrême droite chrétienne n’hésite pas à mobiliser l’Evangile pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas. En particulier, elle interprète la notion de « prochain » comme opposée à celle de « lointain » pour lui faire dire qu’il invite avant tout à aimer ceux qui nous ressemblent. Aimer son prochain, ce serait alors aimer sa famille, ses voisins, sa patrie, avant d’aimer l’étranger et le différent. Le prochain serait celui qui partage avec moi des caractéristiques propres. Cette thèse dite de l’ordo amoris (ordre de l’amour), J.D. Vance l’a défendue avec assurance lors d’une interview exclusive à la chaine de télévision FoxNews, à la fin du mois de janvier 2025. C’était compter sans le fait que deux semaines plus tard, le pape François allait le contredire très explicitement, dans une lettre adressée aux évêques des Etats-Unis et largement relayée par les médias. Surtout, dès le début de la prédication en Galilée, le Christ insiste sur le fait que nul n’est prophète en son pays, car chaque prophète invite sa société à ne pas se fermer sur elle-même : Elie guérit une veuve étrangère, Elisée un lépreux syrien, et le Christ passera son temps à aimer les « autres » d’Israël, Samaritaine, centurion romain, publicain… dès le Sermon sur la montagne, l’insistance porte sur la nécessité d’un amour qui dépasse le cercle des proches : «  si vous ne saluez que vos frères, que faites vous d’extraordinaire ? (Mt. 5, 47). Le prochain devient celui dont je me trouve être proche, dont j’ose me faire proche. Celui que je ne pensais pas aimer en priorité, un inconnu agressé et dont je croise la route, Zachée qui collecte les impôts pour l’envahisseur, la Syro-Phénicienne étrangère d’une autre religion, la prostituée dont la simple présence embarrasse. Qui est le prochain ? Celui auquel je ne peux m’identifier. Celui qui me déstabilise, dont le visage me « vise », comme l’écrit le philosophe E. Levinas, c’est-à-dire me trouble, m’empêche de rester moi-même, m’oblige à faire quelque chose, à commencer par lui parler. Le prochain est l’étrange qui me bouleverse. Aimer son prochain ne saurait certainement pas signifier n’aimer que ses proches, que ceux qui partagent avec nous les caractéristiques propres à un groupe, mais aimer celles et ceux que l’on rencontre indépendamment de leurs appartenances. 

Urgence évangélique, p. 29-31

carême 2026

Résonance de carême : 

Oser la proximité. Le prochain est celle ou celui dont j’ose me faire proche, c’est à dire celui ou celle que je rejoins en me transformant ou qui me rejoint pour me transformer. Nous avons bien souvent entendu la parabole du bon samaritain (Luc. 10, 29 à 37). Qui est le prochain de l’homme blessé au fond du ravin ? Demande Jésus. « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui », répondra le légiste auquel s’adresse en premier la petite histoire. 

Mon prochain est celui ou celle dont j’accepte la bonté, c’est celle ou celui dont j’accepte les soins, celui ou celle auprès de qui j’ose reconnaître une dépendance. Celui à qui je peux m’identifier. Mais surtout, celui qui pour moi, quand je m’en approche, devient le lieu de la demeure de Dieu – sans pour autant l’idolâtrer. « Dieu, nul ne l’a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour, en nous, est accompli » est-il écrit dans la première lettre de St. Jean. Me laisser aimer et aimer celui qui se porte vers moi. Voilà l’accomplissement de la bonne nouvelle. Et à cet accomplissement : il ne doit pas y avoir de limites, de frontières, de barrière. Car à travers cet impératif ce qui se dit c’est que cette limite, quand nous la posons volontairement – par peur, pour nous protéger, ou dans un élan idéologique – cette limite est un autre nom pour désigner le « péché » ; la distance, la rupture, la séparation d’avec Dieu. Nous avons  – humblement et dans la justice et l’amour – à oser une proximité sans frontière. 

Au delà de cette méditation de la 3ème semaine de carême tu peux retrouver des méditations et prières ici

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