2ème semaine de carême, nous poursuivons notre chemin de carême avec la lecture du livre du collectif Anastasis : Urgence évangélique. En fin d’article tu peux télécharger l’intégralité de ce chemin de carême.
La foi chrétienne vise la mise en œuvre de la justice et de l’amour et ne saurait s’accommoder d’une conception dégradante du travail. De nos jours, rares sont les espaces où le travail apparaît comme une activité effectuée collectivement dans le but de cultiver et poursuivre l’œuvre créatrice de Dieu. Le capitalisme contraint les travailleurs et travailleuses à le servir et les jette au rebut lorsqu’il les considère défaillants. (…) La célèbre alternative présentée par le Christ – « nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Mat. 6, 24) – est tranchée par le capitalisme en faveur du second – et « payer ses dettes » devient un nouvel impératif moral. Désormais hégémonique, le monde de l’économie fait ainsi de nous ses esclaves et ses idolâtres tout à la fois. Dès lors, n’est il pas logique que nous soyons de plus en plus nombreux à être rongés par le sentiment de l’inutilité voire de la nocivité de nos activités professionnelles ? Plus les Etats se ruent dans la course à l’intelligence artificielle et abandonnent l’un après l’autre leurs engagements climatiques, moins nous osons prendre aux sérieux l’idée même d’un monde plus juste. Le cynisme s’impose comme la morale naturelle du capitalisme et le catastrophisme comme son eschatologie.
Pourtant, des formes économiques alternatives existent dans les interstices de notre époque, favorisant des relations justes et fraternelles et le respect des équilibres naturels, par exemple dans certaines structures organisées selon le principe de la propriété collective et animées par le désir de créer des œuvres utiles et bonnes. Ces formes peuvent s’appuyer sur le concept de « destination universelle des biens », très présent dans la théologie catholique : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes, de toutes les femmes, et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous selon la règle de la justice. Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne » (Compendium de la Doctrine sociale de l’église catholique n° 171). S’il existe bien une tragédie dans l’histoire humaine, c’est celle de l’absence de partage équitable des ressources et de la domination des riches sur les pauvres, non celle de la rareté supposée des biens telle que veut nous le faire accroire un certain malthusianisme libéral.
Urgence évangélique, p. 15 à 19

Résonance de Carême :
Aux puissances politiques et religieuses le monde économique ajoute un vernis qui fait croire que chacun-e pourrait trouver sa place dans notre monde. Un faire croire cynique, plein d’élan d’exploitation et de domination, dans lequel chacun-e n’a pas le choix. Dans une perte de sens assez tragique, le « travailler pour vivre » se brouille avec le « vivre pour travailler ». Par exemple quand dans une même entreprise les écarts de rémunération se creusent entre les ouvriers et les cadres, entre les hommes et les femmes, la tentation est grande de combattre les inégalités plus que le système du salariat qui justifie ces écarts. Oui, nous sommes à la fois les esclaves et les idolâtres d’un système cynique . Et certains croyants vont jusqu’à en envisager ce système avec les couleurs de la foi comme le fait l’évangile de la prospérité aux Etats Unis : si je gagne plus que toi, c’est signe d’une volonté divine…
Non ! Dieu a donné la terre à toute l’humanité. C’est bien ce don qui devrait fonder notre rapport au monde. Plus qu’une colère, ce non peut se dire en chanson ! J’entends alors le refrain du père Hubert Spitz , Donne ce que Dieu te donne : « Puisqu’il y a ton soleil, des fleurs qui t’émerveillent, du pain à partager, des larmes à essuyer, des fruits à récolter, des nuits à éclairer, des joies à découvrir, des sourires à offrir, Donne ce que Dieu te donne ». Donner à chacun-e les moyens de vivre, ne devrait pas être une utopie ou un doux rêve.
Le don ouvre une brèche dans le système de la propriété, du capitalisme et de la domination économique, pour ouvrir un au-delà. On pourrait alors, par exemple, ouvrir toute la philosophie de Jacques Derrida pour lire que dans le don se dit quelque chose de la justice (rendre la justice c’est donner à quelqu’un ce qu’il a déjà) et de l’amour. Le partage du royaume se fait alors pour Jésus entre celles et ceux qui ont su donner. Donner à manger, à boire, un toit, un vêtement, une visite… qu’importe. Qu’importe car dans le don il ne s’agit pas d’être performant. Mais en donnant, ces participants du royaume se sont échappés de la logique du monde pour partager la logique de la justice et de l’amour. Donner à toutes et tous les moyens de vivre.
Au delà de cette méditation pour la 2ème semaine de carême tu peux retrouver des méditations et prières ici