Conte de Noël

Sophie nous a partagé un conte de Noël autour de Akupaï. Le dernier numéro des Nouvelles de la communion était déjà bien rempli, nous avons préféré le partager ici, sur le site Internet… MERCI SOPHIE !

Cela fait maintenant plusieurs jours que l’hiver est arrivé.
Dehors les habitants se dépêchent de rentrer chez eux en enfonçant leurs pas dans la neige profonde comme s’ils écrivaient avec leurs sabots sur la page blanche d’un immense cahier.
Les flocons tombent sans interruption et tout à l’heure quand le vieil homme sortira, ils couvriront d’une nouvelle couche tous les chemins.
Et cette fois se seront ses pas qui écriront la suite de l’histoire, une histoire commencée il y a bien longtemps.

Tout commença quand ils vinrent pour la première fois.
A cette époque chaque famille du village possédait plusieurs champs d’une terre riche et légère dans laquelle on semait la garance.
Elle poussait tout autour du village et en été l’éclat de ses fleurs jaunes brillait comme mille feux.
Une fois récoltée et séchée, elle donnait une teinture rouge qui servait à colorer les tissus.
On affirmait que le rouge ainsi obtenu était connu dans le monde entier.

Le vieil homme de notre histoire était encore un enfant quand ils vinrent pour la première fois.
C’était à ce moment de l’année où les jours sont les plus longs.
Les champs se teintaient de jaune, de ce jaune qu’on transformait en rouge et qui faisait vivre tout le village.
Ils étaient une dizaine.
Celui qui dirigeait le groupe, AKUPAÏ, était le seul qui parlait la langue des villageois.
Il expliqua que ses compagnons et lui cherchaient du travail.
Ils furent bien accueillis, ils tombaient au bon moment.
Les champs brillaient d’un jaune intense, la récolte allait être exceptionnelle, il y avait besoin de bras.

conte de Noël - sapin

Akupaî et ses compagnons travaillaient dur.
Ils partaient tôt le matin et ne rentraient que le soir après avoir arraché les racines de garance toute la journée.
Leur peau avait la même teinte que les fleurs de garance, et quand ils étaient dans les champs, ils donnaient l’impression d’y disparaitre complètement.
Akupaï travaillait sur les terres de la famille du petit garçon de notre histoire, c’est pourquoi il habitait chez eux.
Après le repas du soir, les autres étrangers venaient rejoindre AkupaÏ et ils discutaient dans leur langue jusque tard dans la nuit.
Parfois, ils sortaient de leur poche des petits bouts d’os qu’ils faisaient sauter sur leurs doigts meurtris par la garance, alors ils faisaient des parties interminables d’un jeu étrange.
Après chaque lancer ils dessinaient des signes sur le sol poussiéreux.
Le petit garçon n’y comprenait rein mais il restait à les observer.

Un soir, alors que la garance était presque récoltée, Akupaï était seul le regard perdu dans le lointain.
Le petit garçon vint s’asseoir à côté de lui, et Akupaï lui parla de son pays, un pays où les fleurs ne poussaient pas, un pays où l’hiver durait si longtemps que l’on vivait dans une maison de glace car il y avait trop peu d’arbres pour en fabriquer en bois.

Quelques jours plus tard, quand la récolte fut terminée, Akupaï et ses compagnons se mirent en route pour retourner chez eux.
Mais les villageois leur expliquèrent qu’ils pouvaient revenir au cœur de l’hiver quand les jours sont les plus courts.
Akupaï secoua la tête de haut en bas en répétant ce qu’on lui avait dit à ses compagnons.
Puis ils saluèrent les villageois rassemblés et ils s’en allèrent.

Les mois passèrent, les jours se firent plus courts, le temps se fit plus froid.
Les oiseaux s’envolèrent plus au sud.
La nuit il gelait à pierre fendre et les loups hurlaient alentour.
Pour embaumer les maisons du parfum de la résine, on coupait un sapin que l’on mettait dans un coin.
Chaque villageois montait de temps en temps dans sa grange pour voir si les racines de garance séchaient correctement.
Ils espéraient tous le retour d’Akupaï et des siens pour les aider au dur travail qui les attendait.

Un matin, alors que le jour se levait à peine, les enfants poussèrent de grands cris.
Au loin, dévalant les terres nues et blanches, une étrange procession d’hommes vêtus de longs manteaux de peau et chaussés de grosses bottes fourrées, aux visages jaunes comme les couleurs de l’été, approchait du village.
Derrière eux ils tiraient de lourds traineaux faits de bois et d’os, recouverts de peaux d’animaux.
Ils étaient revenus.

Pour fêter leur retour dans chaque maison on tua une oie bien grasse que l’on mit à rôtir.
On mangea longtemps en discutant amicalement.
Le parfum du sapin et des épices embaumait la maison.
Puis les mots se firent de plus en plus rares, comme les bougies qui s’éteignirent les unes après les autres.

Le lendemain matin, sous le sapin, une forme inhabituelle attira le regard du petit garçon.
Quelques feuilles de maïs séchées, nouées par une ficelle de chanvre entouraient un objet.
En s’approchant il vit que son prénom était inscrit sur les feuilles.
Vite il ouvrit et il découvrit….
Cinq bouts d’os polis, 4 clairs et un plus foncé.
C’était le jeu d’Akupaï qui lui expliqua comment jouer et à défaut de sable ils marquèrent les points sur le givre de la fenêtre.

Quand il voulut montrer aux autres enfants ce qu’il avait reçu, il s’aperçut que chacun tenait un cadeau dans sa main, une flûte taillée dans un bois de renne, un couteau au manche sculpté, des figurines taillées dans une pierre qui ressemblait à de la glace.
C’était la première fois qu’on leur offrait un cadeau ainsi.

conte de Noël - fleurs de garance

Pendant plusieurs semaines Akupaï et ses compagnons travaillèrent la garance dans des grandes cuves où bouillaient les racines.
Les cuves de teinture dégageaient une chaleur suffocante mais les enfants qui venaient les voir l’appréciait quand le froid était vif dehors.
Dans les cuves on trempait la laine, le lin et la soie.
Akupaï et ses compagnons n’avaient pas imaginé voir ce rouge éclatant qui transformait les tissus, quand ils travaillaient dans le jaune des champs.
Alors ils y plongèrent leurs habits et leurs longs manteaux de peau.

Et ce fut ainsi pendant plusieurs années.
Ils revenaient pour la récolte puis pour la teinture des tissus.
Il n’était pas rare quand la garance était presque sèche et que tombaient les premiers flocons, de croiser un enfant qui surveillait l’horizon pour être le premier à voir la procession des hommes venus du froid.

Ils arrivaient toujours au moment où, après les jours les plus courts, on espérait que petit à petit les jours rallongeraient.
Quand les enfants voyaient enfin poindre à l’horizon une lueur presque aussi rouge que celle du soleil couchant, ils couraient prévenir les parents, ceux-ci coupaient un sapin pour mettre dans la maison et préparaient un bon repas pour le soir.
Puis commençait une autre attente jusqu’au lendemain matin, quand, près du sapin, enveloppé dans quelques feuilles de maïs séchées et nouées par une ficelle de chanvre, les enfants découvraient leur cadeau.

Tout aurait pu continuer comme cela pendant encore longtemps, la garance jaune transformée en couleur rouge, les tissus blancs plongés dans les cuves de teinture, les hommes du froid qui venaient chercher du travail…
Mais peu à peu la garance se vendit de moins en moins bien. On pouvait teindre les tissus en rouge ailleurs, plus vite, moins cher.
Les marchands ne vinrent plus.
Ce fut la fin de la garance.

Autour du village les champs ne se coloraient plus en jaune. Le travail manquait.
Certains habitants du village durent à leur tour aller chercher du travail ailleurs.
Mais ce qui peinait le plus les enfants, c’est qu’ils ne verraient plus se détacher à l’horizon la silhouette rouge de ceux qui revenaient chaque année quand la garance était sèche, que les jours étaient courts et que la neige recouvrait le paysage.

Cette année-là, le petit garçon et sa famille, le soir où on espérait que les jours allaient rallonger, étaient réunis sans joie.
Il avait neigé toute la journée.
Soudain quelques coups frappés contre la vitre les effrayèrent.
Ils s’approchèrent de la fenêtre, inquiets.
C’était Akupaï.
Et derrière lui il y avait un traineau plein de petits paquets enveloppés dans des feuilles de maïs séchées et nouées par une ficelle de chanvre.

Akupaï revint ainsi tous les ans, sa barbe noire devint blanche mais il avait toujours son long manteau rouge.
Il venait de son pays sans fleurs et sans arbres et sur son traineau il apportait un présent à chaque enfant.
Les enfants du début de l’histoire étaient devenus des adultes, Akupaï apporta des cadeaux à leurs enfants, puis des vieillards, Akupaï apporta des cadeaux à leurs petits-enfants.
Le petit garçon de notre histoire lui aussi avait vieilli, mais chaque année Akupaï passait le voir, ils faisaient une partie d’osselets en inscrivant les points sur le givre de la fenêtre comme la première fois.

La dernière fois qu’ils se virent, Akupaï eut du mal à jouer, il paraissait fatigué, ses doigts tremblaient.
La partie terminée ils se serrèrent dans leurs bras.
Le lendemain, Akupaï était parti, mais, accroché dans le couloir, le vieil homme son ami découvrit le long manteau rouge et les grosses bottes fourrées.

Voilà l’histoire d’Akupaï.
Son vieil ami enfile les bottes et le long manteau rouge qui lui tiendra chaud quand il sortira dans le froid.
Derrière les vitres des maisons il aperçoit les sapins, les familles qui festoient, il devine les enfants impatients.
En chargeant les cadeaux sur son traineau il laisse des traces dans la neige, comme s’il écrivait dans un livre… la suite de l’histoire.
CEST NOËL

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